Le juge d’instruction, star médiatique des années 90

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Le juge d’instruction, star médiatique des années 90
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DOSSIER - Elf, Urba, Clearstream, les HLM de Paris... Retour sur les grandes affaires dont le juge d’instruction fut un personnage clé.

Longtemps surnommé par ses détracteurs "l’homme le plus puissant de France", le juge d’instruction ne traite pourtant que 5% des affaires. Mais il s’agit des plus sensibles. Ainsi, ces vingt dernières années, le juge d’instruction a bousculé le monde politique et financier par ses enquêtes sur la corruption et les détournements de fonds.

Alors que Nicolas Sarkozy et le comité Léger préconisent la suppression de cette fonction au cœur du système pénal français, retour sur quatre grandes affaires dont le juge d’instruction fut un personnage médiatique majeur dans les années 90.

L’affaire Urba, la première grande affaire de financement politique (I)

En 1990, une dalle de béton s’effondre sur un chantier de construction d’un bâtiment public au Mans. Deux salariés trouvent la mort.

Alors qu’il enquête sur cet accident mortel, le juge d’instruction Thierry Jean-Pierre fait passer aux aveux un ancien responsable socialiste. Il met alors au jour un système reposant sur la facturation de prestations fictives à des clients, qui a fonctionné de 1973 à 1990. L’argent était reversé au PS et les clients obtenaient, en contrepartie, des marchés publics.

En 1991, avant d’être dessaisi de l’enquête, le juge Jean-Pierre va perquisitionner à Paris, au siège d’Urba-Gracco, le bureau d’études du PS soupçonné d’alimenter les finances de celui-ci. Il fait même changer les serrures et s’enferme à clé pour mieux consulter leurs archives.

Le juge d’instruction Renaud Van Ruymbecke reprend l’affaire en 1992 et, fait sans précédent, perquisitionne au siège du Parti socialiste. La même année, le trésorier du PS à l’époque des faits, Henri Emmanuelli, est inculpé de "recel et de complicité de trafic d’influence". Il est condamné quatre ans plus tard à 18 mois de prison avec sursis et 30.000 francs d’amende.

Les socialistes dénoncent alors "une décision politique contraire à la justice" :


L'affaire Urba est la première grande affaire de financement politique. Les tensions entre juges et monde politique s’exacerberont de nouveau en 1995, lorsque le juge d’instruction de Créteil, Eric Halphen, mettra au jour des irrégularités concernant la prise en charge des salaires de deux secrétaires du RPR par une entreprise de BTP, Les Charpentiers de Paris.

> L’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris (II)

> L’affaire Elf, le plus grand scandale financier de l'histoire judiciaire française (III)

> "Le fiasco" d’Outreau (IV)