"Le dialogue qui existe entre les religions est un dialogue d’élites"

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Après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, les différents représentants religieux se sont associés à la douleur des catholiques. Mais sur le terrain, le dialogue est parfois difficile.

INTERVIEW

L'assassinat du prêtre Jacques Hamel en plein office dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray a créé une onde de choc parmi les responsables des différentes religions en France. Car oui, "la solidarité existe" entre musulmans et chrétiens, assure Abderaman Dhamane, président du Conseil des démocrates musulmans de France sur Europe 1 mercredi matin. 

Des difficultés sur le terrain. Face à lui, le Père Bruno Valentin, prêtre du diocèse de Versailles, a soutenu que "le dialogue existe entre les religions" et qu'il est "ancien". Mais "la difficulté que l’on a aujourd’hui, c’est que ce dialogue est un dialogue d’élites", affirme-t-il. "C’est important que les responsables religieux de France soient rassemblés à l’Elysée, mais il faut bien reconnaître que si le dialogue est très cordial entre les responsables religieux en France, sur le terrain c’est autre chose", soutient-il.


Un "défi immense". Aux JMJ la semaine dernière, le Père Bruno Valentin s’est vu interpeller par des jeunes sur la possibilité réelle de vivre avec les musulmans. "Ces questions nécessitent des réponses articulées, construites. Le défi aujourd’hui, pour nous, est de faire descendre ce dialogue sur le terrain, d’outiller nos jeunes. Le défi est immense", constate-t-il. Pour Bruno Valentin comme pour Abderaman Dhamane, "l’éducation spirituelle est une nécessité". Ancien CPE dans des établissements scolaires en banlieue parisienne, Abderaman Dhamane observe amèrement l'évolution de la pédagogie à l'école. Pour lui, "l'école a démissionné" face aux élèves à problèmes. Plus largement, le Père Bruno Valentin y voit un "déficit de cohésion". "Le tissu social - famille, école, liens avec les policiers et les religieux - est en train de se désagréger", estime-t-il. 

Un appel au jeûne. C'est pourquoi le président du Conseil des démocrates musulmans de France souhaite voir en France davantage de manifestations de solidarité. Dans cet élan, il a demandé sur Europe 1 "que tous les musulmans se solidarisent avec nos frères catholiques et observent une journée de jeûne et de prière" vendredi. "Que ce soit un vendredi saint contre le crime, contre la barbarie et contre ceux qui veulent diviser la France".