"Le champ d’action des hooligans s’est fortement réduit"

  • A
  • A
"Le champ d’action des hooligans s’est fortement réduit"
Des violences de supporters du PSG en 2013@ FRANCK FIFE / AFP
Partagez sur :

Cinq ans après la mort d'un supporter du PSG lors d'une bagarre au Parc des Princes, deux hooligans sont jugés depuis jeudi pour "violences volontaires en réunion". Les années de violence dans les tribunes des stades sont-elles définitivement refermées?

Que s’est-il passé ce funeste soir du 28 février 2010, dans les travées du Parc des Princes ? Deux heures avant la rencontre PSG-OM, une bagarre éclate entre les supporters de la tribune d’Auteuil et ceux de Boulogne. Les coups pleuvent, plus d’une centaine de personnes y prennent part. Pendant de longues minutes, la situation est totalement hors de contrôle. Yann Lorence, 37 ans, est grièvement blessé et décèdera de ses blessures deux semaines plus tard. Le procès de ces deux meurtriers présumés, Romain L. et Jérémy B., s'est ouvert ce jeudi devant la cour d’assises de Paris. Ils comparaissent pour "violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Un crime passible de 20 ans de réclusion criminelle.

Au-delà même de ce drame, ce procès est celui du hooliganisme. L’énorme retentissement médiatique du décès de Yann Lorence avait poussé les autorités à prendre des mesures radicales. Cinq ans après, le hooliganisme est-il encore présent en France ? L’analyse de Nicolas Hourcade, sociologue à l’école centrale de Lyon, spécialiste des supporters de football.

Y a-t-il encore des hooligans en France ?

Ils n'ont pas totalement disparus. Au PSG, par exemple, on en compte entre 50 et 200, mais leur champ d’action s’est considérablement réduit. Les mesures prises par le club après ce fameux match y sont pour beaucoup. Les abonnements ont été provisoirement supprimés, il est devenu impossible d’acheter plus de quatre billets ou de choisir sa tribune derrière le but [ces tribunes étaient prisées des supporters les plus radicaux, ndlr]… Aujourd’hui, les hooligans parisiens se mobilisent ponctuellement, sur certains matchs comme ceux de la Ligue des Champions. C’est beaucoup plus rare lors des rencontres de Ligue 1.

Pourquoi se focalisent-ils sur les matchs internationaux?

Pour avoir des adversaires à leur hauteur. Il n’y a pas, en France, de tradition du hooliganisme, comme dans d’autres pays d’Europe à l’instar de l’Angleterre, de l’Allemagne ou de la Pologne. Tout simplement parce que l'affluence dans les stades est relativement récente chez nous: elle a commencé dans les années 80 alors qu'en Grande-Bretagne, par exemple, dès les années 60, les jeunes ont commencé à considérer les stades comme des territoires à investir. L'ancrage du hooliganisme est donc beaucoup moins ancien et principalement polarisé autour du PSG et de quelques clubs du Nord et de l’Est, notamment Lyon, Lille ou Metz. Mais même dans ces club, cela reste très marginal.

Qui sont les hooligans français ?

Il n’y a pas de profil type. Ils peuvent aussi bien être mal intégrés socialement qu’avoir un emploi stable et une vie de famille. Ils viennent tant des classes populaires ou de milieux dans lesquels la violence est valorisée, que des classes moyennes où le hooliganisme étant alors un moyen de se défouler. De même, l’idée que tous les hooligans sont des nationalistes d’extrême-droite est fausse, une large partie d’entre eux ne sont pas politisés. On remarque, en revanche, certaines caractéristiques communes à tous : ce sont dans l’immense majorité des hommes plutôt jeunes, entre 18 et 35 ans en moyenne. 

La création du "Collectif Ultras Paris"  fait-elle craindre un retour du hooliganisme au PSG?

Il faut bien distinguer les ultras des hooligans. Les premiers se chargent de l’animation du stade et, même s’il y a une frange un peu plus agressive et que certains dérapages peuvent avoir lieu, ils ne viennent pas au stade pour se battre. Les bandes de hooligans ne font pas partie des groupes d’ultras. L’objectif premier de ces hooligans est la violence. D’ailleurs, ils ne viennent pas forcément au stade. Et leurs bagarres éclatent souvent loin des enceintes.

Peut-on estimer que la lutte contre le hooliganisme est "gagnée" en France ?

La France a fait d’énormes progrès en la matière depuis 2010. La politique répressive a porté ses fruits même s’il existe encore plusieurs difficultés. Aujourd’hui, la lutte contre le hooliganisme n’est pas toujours centrée sur les éléments les plus dangereux : généralement l’attention est plus portée sur les ultras qui peuvent déraper que sur ceux qui recherchent la bagarre. Par ailleurs, la politique préventive est quasiment inexistante : il y a des problèmes liés à une mauvaise préparation des événements qui aboutit à des tensions entre les policiers et les supporters.