Laurent Jacqua, ancien détenu : l'ignorance est "un crime contre l'humanité"

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Du mitard à l'écriture, l'ancien détenu multirécidiviste Laurent Jacqua est revenu sur son parcours mardi, dans l'Interview découverte de Caroline Roux.

INTERVIEW

"La plume est plus forte que les armes." Cette phrase, prononcée un professeur de philosophie, a changé la vie de Laurent Jacqua, invité mardi de Caroline Roux dans la Matinale d’Europe 1. Nous sommes en 1999 et Laurent Jacqua, multirécidiviste alors incarcéré à la prison de la Santé, assiste à des ateliers et à des cours animés par François Chouquet pour les prisonniers. L’enseignant est le premier à croire en lui ; il lui fait découvrir Camus, Tolstoï, Chateaubriand… "Je me suis rendu compte de la force que les mots avaient. Ce qui est écrit dans un livre, on l’écrit et on se dit 'c’est vrai'". 

Il a gardé une conviction fermement ancrée de son sauvetage par les mots : "je pense que l’ignorance devrait être condamnée pour crime contre l’humanité. Je trouve qu’on devrait apporter de la culture, que ce soit ici, ou en prison ou ailleurs".

Un blog clandestin. Après cette fameuse phrase, l'écrivain se rappelle que le déclic n’a pas été immédiat : "je me suis marré. Mais finalement, au bout de quelques années, cette phrase m’a travaillé et j’ai bossé, j’ai écrit". L’ex-braqueur ouvre un blog alors qu’il est encore derrière les barreaux. Il y a raconte son quotidien et son combat pour des conditions de vie décentes en prison, ainsi que pour le soin et le suivi des détenus séropositifs, comme lui. Il réussit même à publier un livre de derrière les barreau, La guillotine carcérale. A ses compagnons et à ses surveillants, il affirme que l’auteur est "un fou qui se faisait passer pour [lui] à l’extérieur" : "ils ne m’ont pas cru".
 
Grand corps malade, son ami. Laurent Jacqua revient de loin : une première incarcération à 18 ans pour le meurtre d’un skinhead qui l’avait agressé, puis une alternance de braquages, de récidives et d’évasions. Au total, 25 années passées en prison, dont cinq en isolement. Sorti en 2010, il se consacre aujourd’hui pleinement à l’écriture en écrivant livres, scénarios et chansons. Il a notamment co-écrit avec le slameur Grand corps maladeLe bout du tunnel, un morceau qui raconte son histoire. "C’est devenu un pote parce que lui aussi a été blessé par la vie", explique-t-il. "Il était handicapé et grâce aux mots, il s’en est sorti. On avait ça en commun." Dans cette chanson, il proclame : "avant je m'évadais au pistolet, maintenant je m'évade épistolaire".