L'agriculture, l'autre dossier chaud du quinquennat Macron

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L'agriculture, l'autre dossier chaud du quinquennat Macron
Emmanuel Macron au Salon de l'agriculture, le 1er mars dernier.@ Thomas SAMSON / AFP
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L'agriculture française, en crise profonde, devrait faire partie des priorités du quinquennat d'Emmanuel Macron. Le nouveau président élu promet une politique ambitieuse en la matière. 

Emmanuel Macron n'a pas encore eu le temps de s’asseoir dans le Salon doré de l'Élysée que les dossiers s'y entassent déjà. Et celui de l'agriculture est dans le haut de la pile. "Des millions pour vos campagnes, n'oubliez pas la nôtre", ont d'ailleurs tonné environ 250 agriculteurs, jeudi soir au Mans, à l'attention du président élu. Ce dernier devra surtout s'attacher à faire appliquer un programme plutôt ambitieux, censé répondre à la crise profonde que subit le secteur.

Des États généraux dès cet été. L'urgence à agir, l'ancien ministre de l'Économie en a vraisemblablement pris la mesure. D'où l'organisation, dès cet été, d'États généraux de l'alimentation. À la table sont déjà conviés producteurs, industriels et distributeurs, mais aussi associations de consommateurs, avec pour objectif de permettre aux agriculteurs de pouvoir bénéficier de prix leur permettant de vivre de leur travail. 

"Il y a eu des avancées, il faut aller au bout". "C'est peut-être le point le plus important", souligne Luc Smessaert, vice-président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). "Il faut redonner de la valeur à la production agricole. Il y a eu des avancées lors du quinquennat précédent, avec la loi Sapin 2 notamment, mais il faut aller au bout", presse le syndicaliste, qui rappelle que pour 100 euros de produits alimentaires, la part revenant aux producteurs n’est que de 6,20 euros, comme le pointe le dernier rapport de l'Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires. Et qu'un agriculteur sur trois gagne moins de 350 euros par mois, selon la Mutualité sociale agricole.

C'est la réaffirmation d'une volonté de plusieurs années

Dans son programme, Emmanuel Macron a ainsi promis d'agir "pour que les agriculteurs pèsent plus dans leurs négociations avec les industriels de l’agro-alimentaire". "Ces revendications ne sont pas nouvelles, c'est la réaffirmation d'une volonté de plusieurs années", explique Patrick Ferrere, délégué général du think-tank SAF Agr'Idées. "On ne cherche pas une grande convention collective. Il faut être plus précis et régler le marché filière par filière, voire par sous-filière. Car la situation d'un producteur de lait en Normandie est différente de celle d'un producteur de lait qui veut faire du comté dans le Jura", continue-t-il.

Un plan d'un milliard par an. Autre promesse du prochain locataire de l'Élysée : le lancement d'un plan de transformation agricole de cinq milliards d'euros sur cinq ans, soit un milliard par an, afin de moderniser les exploitations ayant un impact positif sur l'environnement et le bien-être animal, et développer les circuits-courts. Cela représente quatre fois le montant alloué jusqu'à présent à cette tâche.

De l'argent oui, mais pour quoi ? "En termes de volume, c'est ambitieux", reconnaît Mikel Hiribarren, secrétaire général de la Confédération paysanne, qui se veut toutefois prudent. "Tout est dans l'orientation qu'il accordera à ces sommes. Ce qui nous préoccupe, nous, c'est que ces cinq milliards n'aillent pas à l'investissement en bâtiments et en matériel pour les agriculteurs, qui souffrent déjà de surendettement". Du côté de la FNSEA, on pense au contraire qu'il est important d'investir dans des bâtiments mélioratifs en termes d'économie d'énergie, de consommation d'eau et de confort des animaux. "Dans l'élevage de volaille, par exemple, les structures ont 25 ans d'âge en moyenne", observe Luc Smessaert.

Simplifier les normes, un point "fondamental". Ce polyculteur-éleveur à Roy-Boissy, dans l'Oise, se satisfait globalement des annonces du président élu. Notamment celle d'une future loi de simplification des normes, autre sujet "fondamental", comme l'a rappelé Emmanuel Macron à Quimper, en janvier. "On est très marqué par ce problème de normes et de surtransposition", acquiesce le vice-président de la FNSEA. Ça a suradministré l'agriculture. Le temps qu'on passe à remplir des papiers, on ne le passe pas sur la production", note-t-il.

Le droit à l'erreur, une mesure "très très attendue". Il s'agira aussi de "permettre un droit à l’erreur, en particulier pour les exploitants agricoles", avait déroulé le candidat Macron à l'époque. Ce droit à l’erreur, c’est la possibilité quand on est contrôlé pour la première fois et qu’on a commis une infraction qui n’est pas pénale, de ne pas être sanctionné, mais plutôt corrigé et conseillé. "C'est quelque chose de très très attendu par les agriculteurs. La réglementation est tellement forte aujourd'hui que c'est devenu compliqué de connaître toutes les règles", avance Luc Smessaert, qui plaide aussi pour une harmonisation sur le plan fiscal, social et sur celui de la main d'œuvre, à l'échelle européenne.

Renégocier la PAC. C'est justement ce qu'Emmanuel Macron entend faire, en renégociant les règles de concurrence sur le continent, promettant notamment de réformer celles sur les travailleurs détachés. Celui qui s'est posé durant toute la campagne en véritable pro-européen soutient également la mise en place dans le premier pilier de la politique agricole commune (PAC) d’un "système de subventions contracycliques de garantie sur les prix ou le chiffre d’affaires". Une proposition que la France, première puissance agricole de l'Union, pourrait faire dès le mois de mai 2017, la future PAC devant être renégociée d'ici 2020.  

Nous serons vigilants à ce que ses paroles se transforment en acte

Une certaine dose de méfiance. Et alors que le nombre d'agriculteurs ne cesse de baisser (-1,2% entre 2015 et 2016 et plus de la moitié depuis vingt ans), le président élu veut généraliser le droit au chômage pour les agriculteurs. "Nous serons vigilants à ce que ses paroles se transforment en actes", avertit la FNSEA, qui insiste sur la nécessité de prendre un maximum de ces mesures lors des 200 premiers jours de son mandat.

C'est pourquoi le choix de celui qui remplacera Stéphane Le Foll au poste de ministre de l'Agriculture sera particulièrement scruté. "Celui du ministre de l'Environnement aussi, car les deux sont intimement liés", ajoute Luc Smessaert, qui conclut : "On va être exigeants, mais on est prêts à travailler ensemble". "On n'a pas de raison de perdre, mais il faut que tout le monde s'y mette", abonde Patrick Ferrere.