La réforme de l'orthographe "est tombée à l'eau"

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Bernard Fripiat, coach en orthographe, ne comprend pas l'utilité de la réforme de l'orthographe, qui doit être appliquée à certains manuels scolaires.

INTERVIEW

"Ça fait 26 ans qu’on peut écrire "oignon" sans "i" et personne ne le fait." Bernard Fripiat est on ne peut plus circonspect quant à l’application de la réforme de l’orthographe. Le coach en orthographe a expliqué pourquoi il ne voyait pas l’intérêt de ce changement, vendredi dans la Matinale d’Europe 1. Méconnue jusque-là, cette simplification sera bientôt systématisée dans de nouveaux manuels scolaires du primaire, a-t-on appris jeudi auprès de l'éditeur Belin.

Des exceptions persistent. Sa principale critique : la réforme, censée simplifier les règles orthographiques, comporte elle-même des exceptions. "Il faut se mettre à la place du prof", s’agace-t-il. "Il va expliquer à un gosse qu’on enlève un chapeau sur ce 'i'... mais le verbe 'croître' garde le 'î' parce que dans sa conjugaison, on peut le confondre avec 'croire'. Si on met un chapeau, je grandis et si on n’en met pas, je crois ce que vous dites." La suppression de l’accent circonflexe sur le "i" et le "u" le laisse donc dubitatif. "Il permet de donner un petit cours d’histoire" et d’expliquer par exemple que "forêt" s’écrivait avant "forest", rapelle-t-il.

Un échec ? Selon Bernard Fripiat, qui tient également une chronique hebdomadaire le dimanche sur Europe 1, l’Académie française a accepté la réforme "à l’usage", sur proposition du gouvernement en 1990. Ce qui signifie qu’on "accepte modifications orthographiques et qu’on verra à l’usage si elles sont appliquées". "Nénufar" est écrit plus souvent avec "ph" qu’avec un "f", tandis que l’accent circonflexe n’a pas disparu des i et u dans les noms communs. "Elle est tombée à l’eau, cette réforme", en conclut le spécialiste de l’orthographe.