La Normandie, "terrain fertile du djihadisme"

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Plusieurs djihadistes tristement célèbres, dont certains occupent des postes d'importance au sein de l'EI, sont originaires de la région de Saint-Etienne-du-Rouvray où un prêtre a été tué mardi par deux terroristes.

Ces dernières années, les cas de départ vers la Syrie se sont multipliés du côté de Rouen et de Caen, avec des combattants djihadistes tristement célèbres comme Maxime Hochart ou Fabien Clain.

Deux cas médiatisés. Le premier était apparu en treillis, couteau à la main, dans une vidéo diffusée en 2014 où il égorgeait l’un des dix-huit otages syriens assassinés ce jour-là par le groupe Etats islamique. Il est originaire de Le Bosc-Roger-en-Roumois dans l’Eure, un village de 3.000 habitants près de Rouen. Le second, qui a réalisé pour Daech la vidéo de revendication des attaques de Paris, est né à La Réunion, mais avait été élevé à Alençon. Fabien Clain est devenu l’un des opérationnel de Daech et a contrôlé depuis la Syrie Sid Ahmed Glam, le terroriste qui avait tenté d’attaquer deux églises de Villejuif.

Une filière de recrutement. En 2015, trois autres convertis, membres d’une filière de recrutement ont été arrêtés à Saint-Pierre-lès-Elbeuf, à une trentaine de kilomètres de Rouen. "L’enquête avait d’ailleurs démontré des liens avec un lieu de prière à Saint-Etienne-du-Rouvray", où un prêtre a été assassiné mardi par deux terroristes, relève Didier François, journaliste spécialiste en terrorisme pour Europe 1. "On voit bien que c’est un terrain particulièrement fertile", ajoute-t-il.

Protéger les mineurs. L’un des terroristes identifiés après l'attentat de mardi avait également tenté de rejoindre la Syrie à deux reprises, alors qu’il était encore mineur. Le jeune homme de 19 ans avait écopé après son second échec d’une assignation à résidence avec port d’un bracelet électronique. Dans ce type de cas, les autorités françaises "estiment qu’un jeune radicalisé est une victime", rappelle Didier François qui évoque, à titre de comparaison, la situation d'une personne embrigadée dans une secte. "Le rôle des juges c’est aussi de protéger les mineurs. On est toujours, à ce jour, dans cette logique".

Inverser la législation. "On peut estimer que même mineur un djihadiste, une fois radicalisé, est un danger tel pour la société qu’il faut repenser la réponse judiciaire et choisir des peines d’enfermement qui protègent mieux les citoyens, les véritables victimes des attentats", avance le spécialiste. La question agite profondément la classe politique. Pas d’union nationale après le drame de Saint-Etienne-du-Rouvray ; gauche et droite se sont immédiatement opposées sur la réponse à apporter face à la menace terroriste. Alors que certains responsables Les Républicains, dont le chef du parti Nicolas Sarkozy, prônent le placement en centre de rétention des fichés S, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a jugé au micro d’Europe 1 mercredi cette proposition anticonstitutionnelle et dangereuse pour l’Etat de droit.