La CFDT entame un congrès qui s'annonce animé

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Assuré d'être reconduit à la tête de la CFDT, Laurent Berger entame lundi un congrès compliqué, alors que le syndicat est crispé par les réformes d'Emmanuel Macron.

Les congrès se suivent, mais ne se ressemblent pas : interlocuteur privilégié du pouvoir au moment du congrès de 2014, la CFDT aborde sa 49ème grand-messe, lundi à Rennes, à l'offensive face aux réformes et à la méthode Macron.

Plus opposé à Macron qu'à Hollande. Le contexte a radicalement changé. Lors du congrès de Marseille, en juin 2014, la principale inquiétude des délégués concernait "l'image" de la centrale, qui accompagnait alors toutes les réformes sociales du début de quinquennat Hollande et redoutait de se trouver esseulée si elles ne portaient pas leurs fruits. Cette année, ce sont 3.000 militants d'un syndicat toujours attaché au compromis, mais désormais beaucoup plus vindicatif, qui se réunissent jusqu'à vendredi, à l'image de leur chef Laurent Berger. Le secrétaire général, qui sera reconduit à la tête du syndicat, enchaîne depuis des mois les mises en garde adressées à Emmanuel Macron.

La méthode Macron ne passe pas. Ces derniers mois, la CFDT n'est pas contente et elle le fait savoir : sur les ordonnances travail dont elle n'a approuvé ni la méthode ni vraiment le contenu, mais aussi sur les réformes qui ont suivi (la formation, l'assurance chômage, la réforme du système ferroviaire, la fonction publique). Et surtout, elle dénonce le choix d'Emmanuel Macron de tenir à distance les corps intermédiaires (les syndicats notamment). Reçu récemment par le président, Laurent Berger lui a dit "qu'il y avait un problème de méthode, un profond mécontentement de la CFDT".

Nous sommes frustrés et nous l'exprimons fortement
Laurent Berger

"Il faut bien comprendre que la CFDT n'a qu'une ambition : construire le progrès social. Si on n'a pas d'interlocuteur, on reste dans un rôle d'acteur un peu frustré et on l'exprime plus fortement", affirme Laurent Berger au micro d'Europe 1. Ce qui n'empêchera pas son organisation de continuer à tracer sa route : "Le congrès de la CFDT ne se fera pas sur les pro et les anti-Macron, les pro et anti-Medef, les pro et anti-CGT. Il se fera sur les propositions de la CFDT en termes de parcours professionnel, de vie au travail, de progrès social…"

Scissions en interne. Mais au-delà des mots, Laurent Berger appelle rarement à battre le pavé, contrairement à son homologue de la CGT Philippe Martinez. Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, Laurent Berger est descendu dans la rue pour soutenir les fonctionnaires et les salariés des Ehpad, mais n'a pas défilé aux côtés des cheminots, malgré l'implication de la CFDT-Cheminots dans le mouvement, et ne s'est pas associé aux mobilisations lancées par la CGT contre les ordonnances. Ces décisions pourraient lui valoir des critiques lors du congrès. Laurent Berger ne cache d'ailleurs pas qu'il s'attend à une grand-messe animée.

Si cela tangue un peu, le syndicat entame tout de même son congrès avec des motifs de satisfaction. Sur le terrain, ses efforts d'implantation dans les entreprises lui ont permis de ravir à la CGT son leadership dans le privé. Forte de ce succès historique, la centrale est désormais tournée vers les élections dans la fonction publique, en décembre, avec l'objectif de passer devant la CGT tous secteurs confondus.

Le bilan de Berger débattu. Laurent Berger aura l'occasion de défendre ses choix et son bilan dès lundi, lors d'un premier discours qu'il prononcera à partir de 14h30. Son bilan sera ensuite débattu par les délégués jusqu'à mardi soir à la tribune, avant que le secrétaire général ne leur réponde mercredi après-midi par un deuxième discours. Viendra ensuite le temps de l'élection des nouvelles instances et des débats autour du programme des années à venir, jeudi et vendredi matin. Le congrès sera clos vendredi à la mi-journée après une dernière intervention de Laurent Berger.