JO 2024 : "Ça peut aussi avoir un impact terriblement catastrophique"

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Les JO de Paris 2024 pourront avoir un impact positif sur le vivre-ensemble, selon le sociologue Michel Wieviorka. Mais avec des réserves, notamment en termes de territoires et de mobilisation. Il invite aussi à se montrer critique pour éviter les écueils du passé.

INTERVIEW

Paris a été officiellement désignée mercredi pour organiser les Jeux Olympiques 2024. Le sociologue Michel Wieviorka était l'invité de l'émission C'est arrivé cette semaine pour tenter de répondre à une question : cet événement international peut-il avoir un effet sur la cohésion nationale et le vivre-ensemble ? 

Parfois, un impact catastrophique.A écouter les médias, une telle attribution - comme celle d'une coupe du Monde ou de l'Euro - pourrait changer la France. Pas de tel emballement du côté du sociologue. "Ça peut servir à souder la Nation, mais ça peut aussi avoir un impact terriblement catastrophique. On va fêter les 50 ans de 1968 en France. Si vous alliez au Mexique en 1968, le président faisait un carnage d'étudiants pour éviter trop de troubles au moment des Jeux", rappelle-t-il soulignant au passage que la cohésion sociale était loin d'être au rendez-vous en l'espèce.

Pas d'homogénéité. Par ailleurs, même en essayant de souder la Nation, Michel Wieviorka émet l'hypothèse que "des parties entières du pays" seront "laissées de côté. Si vous êtes dans des banlieues lyonnaises, est-ce que vous allez avoir le sentiment qu'il y a des retombées pour vous ?" Selon lui, le phénomène ne se résumera cependant pas non plus à un Paris sous les projecteurs et le reste de la France transformé en désert, "parce qu'il y a des épreuves à Marseille. Mais enfin, c'est Paris et la région parisienne et pas toute la région parisienne qui vont en bénéficier", schématise-t-il.

Le sport "baume". Le sport a toutefois toujours été considéré comme "un baume", à l'image des Romains et leur politique du pain et des jeux. "On fait la fête, on est dans l'oubli de la vie autre que les résultats de nos champions". Cette sorte de trêve pose "aussi des problèmes. Il y a un petit côté 'endormissement d'une société'. Pour résumer, "ce sont des satisfactions festives en partie télévisuelles. C'est festif en partie par procuration. Pour que ce soit réussi, il faut en amont une énorme mobilisation." Et notamment du côté de ceux qui vont activement participer. Il s'agit donc de "préparer la jeunesse. Ce sont ceux qui ont entre 12 et 20 ans qui demain peuvent espérer obtenir des médailles (...) Là, on est n'est pas dans la com' et le côté festif."

Critique constructive. Pour autant, certains politiques se défient des Jeux. "La France est le pays de la raison, où l'on doit pouvoir discuter (...) Sur le fond, il est très intéressant de formuler des critiques si elle sont constructives : si on ne veut pas reproduire un échec économique, un approfondissement des fractures sociales. C'est sain parce qu'il y a eu des précédents, des moments de grande corruption." Quant à la célébration, elle doit exister sans être béate, avertit le spécialiste qui cite de sombres années noires des Jeux : "36 avec Hitler, 68 à Mexico, en 80, le boycott des jeux de Moscou, et en 84" à Los Angeles, en pleine Guerre froide.