06/11/2017 - 10h07

Jeuxvideo.com : "Il faut donner sa chance à la liberté d'expression"

Le forum "blabla 18-25" du site jeuxvideo.com est au centre d'une polémique depuis plusieurs jours, après une campagne d'intimidation menée par certains de ses utilisateurs à l'encontre de la journaliste d'Europe 1 Nadia Daam. Dans une chronique diffusée mercredi 1er novembre, elle prenait la défense de deux militants féministes ayant créé un "numéro anti-relous", et victimes de cyber-harcèlement. Elle ciblait explicitement les internautes de ce forum, qui ont répliqué avec une violence à peine nommable, allant jusqu'à la menacer de mort, de viol, et à s'introduire à son domicile.

"Une infime minorité de gens". Invitée de Village Médias lundi matin, Véronique Morali, présidente de Webedia, la société qui héberge le site jeuxvideo.com, a tenu à réaffirmer sa "solidarité" avec la journaliste d'Europe 1. "À partir du moment où il y a des procédures en cours ou à venir, on s'associera en tant que parties civiles s'il le faut, pour montrer qu'on n'est pas du tout détachés de ce qui se passe", a-t-elle insisté. Depuis quelques jours en effet, Webedia est la cible de nombreuses critiques, accusée d'avoir trop longtemps laisser faire. "Certes, le forum blabla 18-25 a accueilli une infime minorité de gens qui profèrent des menaces qui sont intolérables et qu'on condamne, mais nous ne sommes pas les seuls", a tenté de justifier Véronique Morali, renvoyant aux réseaux sociaux, comme Twitter, où ce type de menaces existent aussi. 

"On estime qu'on fait le maximum". "On a tout de suite pris la mesure du sujet. Si je suis là aujourd'hui, c'est justement pour dire qu'on n'élude absolument pas le sujet de la modération. On a doublé nos effectifs de modération permanente, ce sont des gens qui ne sont affectés qu'à de la modération et à temps complet. Il passe à 15. En plus, on a 400 bénévoles, qui sont des jeunes issus de ces forums, qui les modèrent", détaille Véronique Morali.

Entendu sur Europe 1
On estime qu'on fait le maximum. Ce n'est sûrement pas suffisant parce que l'Internet est une matière inflammable

Pour autant, comme l'a signalé notre journaliste Raphaëlle Baillot à l'antenne - exemples criants à l'appui - de nombreux messages haineux, vieux de parfois plusieurs mois, subsistent sur ce forum. "On estime qu'on fait le maximum, ce n'est sûrement pas suffisant parce que l'Internet est une matière inflammable (…) C'est vrai qu'on en laisse sûrement passer. On n'est pas absolument parfaits. La solution de facilité aurait été que je vienne vous dire ce matin qu'on ferme le forum", avance la présidente. 

"Ne pas faire l'amalgame". Cette option n'a visiblement pas été retenue par les dirigeants de Webedia. "Est-ce qu'on interdit toutes les manifs parce qu'il y a des casseurs ? Non, on ne fait pas ça", s'agace Véronique Morali. "Il faut quand même donner sa chance à la liberté d'expression et ne pas condamner tous les jeunes qui, sur ces forums, ne sont pas ces odieux personnages que vous décrivez et qui sont totalement condamnables. (…) Je me sens totalement solidaire de ce qui est arrivé à Madame Daam. Je le condamne de la façon la plus ferme. Mais il faut voir que derrière, c'est un groupe avec 2.000 personnes, des jeunes qui sont déstabilisés par ce qui se passe aujourd'hui. Moi, je ne peux pas accepter en tant que présidente de Webedia qu'on fasse cet amalgame", avance-t-elle.

"On a écrit à tous nos annonceurs". En réaction à la campagne de cyber-harcèlement menée contre Nadia Daam, des internautes ont appelé les annonceurs publicitaires a cessé leur collaboration avec Webedia. Sur Twitter, ces marques ont été directement interpellées sous le hashtag #balancetonforum. Véronique Morali a assuré que la récente prise de position médiatique de Webedia sur cette polémique n'était en rien dictée par la crainte de voir ses annonceurs déguerpir, comme cela avait été le cas lors d'une opération similaire concernant l'émission Touche pas à mon poste. "Ce n'est pas un sujet économique étant donné qu'il n'y a aucune publicité sur ces forums blabla", a justifié Véronique Morali. "On a écrit à tous nos annonceurs, parce qu'on leur doit une transparence sur ce qu'on fait, sur la prise de responsabilités qui est la nôtre, sur les efforts que l'on fait, sur notre sincérité à agir". 

>> Retrouvez l'interview intégrale de Véronique Morali dans Village Médias :