Jérôme Delafosse : "L'océan, c'est le far west"

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Jérôme Delafosse, réalisateur du documentaire "Mafia des océans", estime qu'il y a un "déséquilibre entre les pêcheurs qui vont vers une pêche plus légale" et ceux qui pêchent illégalement "en toute impunité".

INTERVIEW

C'est en nourrissant son chat, que Jérôme Delafosse a eu l'idée de se lancer de cette aventure. Une aventure qui a accouché du documentaire Mafia des océans, qui sera diffusé le 9 octobre sur Planète+ CI. Après avoir analysé la boîte de nourriture pour chat qu'il tenait dans la main, le réalisateur s'est "rendu compte qu'il n'y avait aucune origine". "Comme les chats ne savent pas lire, on leur donne un petit peu n’importe quoi", a-t-il avancé mardi, invité de l'émission Circuits courts sur Europe 1.

"Envie d'aller plus loin." Sa curiosité le pousse alors à approfondir ses recherches sur internet. Il découvre qu'un "grand groupe était impliqué, avec un géant de l'agroalimentaire, sur des produits de la mer pêchés illégalement et en plus, par des esclaves" : "Ça m'a donné envie d'aller plus loin." 

Son documentaire, qui porte aussi bien sur le volet écologique que le volet humain, est axé sur deux choses. La première, c'est "tout ce qui se passe loin de chez nous", notamment en Indonésie. Et pour "surveiller ces zones, autant chercher une aiguille dans une botte de foin" : "Il y a vraiment un problème de patrouille en mer qui puisse arrêter tous ces pêcheurs. (...) Il y a des flottes de navires illégaux qui pêchent en toute impunité un peu partout dans le monde." "L'océan, c'est le far west", lâche-t-il.

Déséquilibre entre pêcheurs légaux et illégaux. Il souligne d'ailleurs un "déséquilibre entre des pêcheurs qui vont vers une pêche plus légale" et ces navires illégaux. "Dans les bandes côtières européennes, notamment en France, il y a des pêcheurs" dont "la vie peut s'arrêter" pour avoir bougé "un petit doigt de travers": "On va les sanctionner, on va leur infliger des amendes énormes et ça, c'est vraiment un problème."

L'autre axe de son film concerne "ce qu'il se passe à terre" : "C’est une partie très importante parce que ça montre comment des armements européens sont impliqués dans les pires affaires de crimes océaniques." Et au cours de son enquête, ce qui l'a le plus surpris, "c’est la manière dont le poisson est distribué. Il n’y a vraiment aucun contrôle".

"Donner des clés aux gens." Car oui, "un poisson sur cinq" qui se retrouve dans nos assiettes a été pêché illégalement. L'objectif de Jérôme Delafosse est donc de "donner des clés aux gens", qu'il encourage "à acheter du poisson issu des circuits courts" : "C’est possible d’acheter du poisson pas très cher. Ce qu’il faut, c’est en manger moins, essayer de changer un petit peu de comportement et de valoriser les produits, surtout."