"Je propose un fichier R qui ne concernerait que les islamistes radicaux à la dangerosité avérée"

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Le préfet Hugues Moutouh considère qu'il faut aller plus loin dans la sécurisation de la société et propose un nouveau fichage qui entraînerait des conséquences administratives.

INTERVIEW

Après l'attentat manqué des Champs-Elysées, le gouvernement a déposé jeudi un projet de loi prorogeant l'état d'urgence jusqu'au 1er novembre, ainsi qu'un projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Hugues Moutouh, préfet et ancien conseiller spécial du ministre de l'Intérieur au moment de l'affaire Merah, était l'invité de C'est arrivé cette semaineIl considère qu'il faut aller vers une sécurisation de la société, impliquant une restriction en matière de libertés.

Une "bonne base" à "enrichir". Le préfet était pour la prolongation de l'état d'urgence, tout comme le projet de loi de lutte contre le terrorisme qui "n'est pas une transposition pure et simple de l'état d'urgence dans le droit commun. On a pris les mesures les plus utiles aux services : les perquisitions administratives, les assignations à résidence et la possibilité donnée au préfet de fermer des lieux de culte à partir du moment où ces lieux servent à propager une idéologie radicale. C'est une bonne base de départ. J'espère que les travaux parlementaires vont l'enrichir." Certains collectifs et associations s'élèvent contre ce projet de loi, mettant en avant une menace des libertés. Un argument balayé par Hugues Moutouh, qui considère que les juridictions administratives sont garantes de ces libertés. 

Aussi bien des islamistes radicaux que des hooligans. Une autre question se pose dans ce contexte d'attentats répétés : l'utilité du fichage S, au regard du profil de l'assaillant des Champs-Elysées qui était fiché mais dont le permis de détention d'arme avait été renouvelé. "La fiche S est une sous-catégorie d'un fichier plus important, qui est le fichier des personnes recherchées qui contient près de 400.000 noms." Les fiches pour sûreté de l'état, les fiches S, représentent "15.000 individus en France. C'est beaucoup. Parmi eux, il y a des islamistes radicaux, des hooligans dangereux, des altermondialistes actifs", énumère le préfet, pour qui un "tri" est nécessaire parce qu'aujourd'hui, "il est difficile que le fichage induise des conséquences administratives concrètes."

Aller plus loin. Hugues Moutouh propose "un fichier R" au sein du fichier S qui ne concernerait que les "islamistes radicaux à la dangerosité avérée." Dès lors, il y aurait "des conséquences administratives comme l'interdiction de détenir une arme à domicile, l'accès à certaines professions sensibles comme la police, l'armée et les métiers d'encadrement de la jeunesse." Une loi ne suffira pas pour l'ancien conseiller spécial. "Les commissions, notamment au Parlement, doivent auditionner les spécialistes du renseignement, en tirer les conséquences et se donner les moyens de faire face à cette nouvelle menace."