Inondations : pouvait-on être mieux préparés ?

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Inondations : pouvait-on être mieux préparés ?
L'état de catastrophe naturelle a été reconnu dans 782 communes de 17 départements. @ KENZO TRIBOUILLARD / AFP
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Anticipation, information, réactivité,… Pouvait-on mieux faire face à ces crues qui frappent la France ? 

L'eau est montée un peu partout en France ces derniers jours. Mercredi matin, l'état de catastrophe naturelle a été reconnu dans 782 communes de 17 départements. Les vigilances inondations ont été levées mais Météo France reste prudent. Et des questions des posent d'ores et déjà. A-t-on suffisamment anticipé cet épisode de très fortes précipitations ? Et que peut-on faire, à l'avenir, pour être globalement mieux préparé ?

Est-ce qu'il était possible de mieux anticiper les précipitations ?

Les très fortes précipitations qui se sont abattues notamment la semaine dernière en Île-de-France constituent "un événement rare dans l'histoire récente de la météorologie", assure à La Croix Jérôme Lecou, prévisionniste à Météo France. Un tel épisode pluvieux ne s'observe que tous les 50 ou 100 ans. Les prévisions des météorologues sont de plus en plus précises. Mais de là à anticiper de telles précipitations, il y a plus qu'un pas.

Etait-on suffisamment préparé ?

Du 7 au 18 mars dernier, le plan "Sequana 2016" a été mis en place en Île-de-France. Un exercice de gestion de crise grandeur nature a été testé dans la capitale pour prévenir la crue du siècle. Ironie de l'histoire, cette crue centenale est intervenue trois mois seulement après cette simulation générale. Mais entre l'exercice et la réalité, il y a toujours un pas. Et des progrès certainement à réaliser dans la coordination de la lutte contre les inondations, et notamment entre les différents échelons d'organisation du territoire – local, régional et national.

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Les maires peuvent-ils être plus réactifs ?

Cet exercice grandeur nature réalisé à Paris est forcément très utile pour l'avenir. Mais ces simulations coûtent beaucoup d'argent. Et malheureusement, les petites communes en bénéficient rarement. Et puis, les plans communaux de sauvegarde (PCS), qui expliquent aux élus la marche à suivre en cas d'inondations, ne sont pas toujours très précis. Selon Le Figaro, le Centre européen de prévention de risque d'inondation (Cepri) a demandé aux maires touchés par les très fortes précipitations de vérifier l'efficacité de leur PCS. En gros, améliorer les consignes pour mieux prévenir dans le futur.

Et la population, a-t-elle été suffisamment protégée ?

Quand un événement pluvieux s'abat sur un département, le préfet peut déclencher l'alerte. Il en avertit alors les maires qui se chargent de prévenir les populations concernées. Mais les autorités ont-elles averti suffisamment tôt les populations ? Selon Françoise Piton, secrétaire de l’Union nationale des associations de lutte contre les inondations, il y a encore beaucoup de travail à faire du côté de la prévention. "On réagit dans l’urgence", regrette-elle dans les colonnes de La Croix. "Peu de communes ont un véritable plan communal de sauvegarde, avec par exemple une liste des numéros des personnes fragiles et de celles résidant dans une zone à risque". Eduquer le public, le rassurer et lui rappeler les bons réflexes sont autant de pistes de réflexions pour les années à venir.

Doit-on repenser les constructions en zone inondable ?

Avec les crues des deux dernières semaines, les constructions en zone inondable ont bien évidemment été pointées du doigt. Mais il est aujourd'hui impensable d'imaginer une déconstruction des logements en zone habitable. Le coût de ces travaux serait bien trop lourd pour l'Etat.

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Sur son blog, le géographe Brice Gruet déplore plus globalement la méconnaissance des populations pour les cours d'eau. "Plutôt que d'interpeller l'Etat, réflexe typiquement français, il faudrait se demander comment mieux connaître son environnement immédiat", explique-t-il. "Et pour cela, penser les cours d'eau autrement que comme de simples décors ou agréments". Autrement dit, il faudrait peut-être arrêter d'agir dans l'urgence mais repenser plus généralement la politique d'aménagement du territoire.