Harcèlement scolaire : "Je préférais subir pour être tranquille"

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Près de 700.000 élèves sont touchés par le harcèlement scolaire en France. Pour briser l'isolement des victimes, un numéro vert, le 3020, a été lancé en 2015 et les campagnes de sensibilisation se multiplient pour lutter contre ces maux, pas toujours facile à détecter.

"On a rien vu". Corinne s'en veut toujours. Maxime, son fils de 15 ans, a fait une tentative de suicide en septembre après deux ans de harcèlement par trois autres élèves qui le rackettait et le frappait. "Il partait le matin, il était souriant. Il revenait le soir, il était souriant", se souvient-elle. Comme Maxime, près de 700.000 élèves sont touchés par le harcèlement scolaire en France, soit près d'un élève sur 12 au collège. À la veille de la journée nationale de sensibilisation contre le harcèlement à l'école, la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem y consacre une conférence de presse pour parler de ce mal, pas toujours simple à détecter.

"Jamais je n'aurai pensé que mon fils était harcelé". "Je culpabilise beaucoup", explique Corinne. Maxime mangeait bien et avait toujours envie d'aller à l'école se souvient-elle. Jusqu'à ce jour de septembre où l'adolescent, élève en classe de 3e craque. Harcelé depuis deux ans, quotidiennement, Maxime fait une tentative de suicide. "On me tapait, on jouait avec mes affaires. On m'insultait, sur mon poids, sur mon physique. C'était tous les jours", se remémore-t-il. Et des souvenirs qui restent : "J'ai des flashs toujours la nuit quand je dors, je me vois encore en pleurs dans les vestiaires, en train de me faire taper", ajoute l'adolescent. "C'est douloureux".

"Je préférais subir pour être tranquille". Pourquoi Maxime n'a-t-il rien dit ? "J'avais trop peur des représailles et des moqueries", répond le jeune garçon. Il avait pourtant prévenu les surveillants de son collège sur sa situation : "ils n'ont jamais rien fait", assure-t-il. A la maison, l'adolescent fait semblant, "pour ne pas inquiéter" ses parents. "Je m'étais dit que je préférais subir", lâche t-il. "Mais au moins j'étais tranquille".

Un numéro vert, le 3020, "pour dire stop au harcèlement" et briser l'isolement des victimes a été lancé l'année dernière. Depuis janvier, près de 8.450 appels ont été enregistrés, davantage qu'en 2015.

"Le harcèlement, c'est mieux d'en parler". Selon une enquête internationale citée par le ministère de l'Education, le harcèlement est en recul de 15% au collège depuis 4 ans, (étude internationale HBSC (Health Behaviour in School-aged Children) réalisée entre 2010 et 2014. Beaucoup y voient le résultat des campagnes de sensibilisation. Certaines portent leurs fruits, comme à l'école primaire Baudricourt, dans le 13e arrondissement de Paris, où des élèves de CM2 sensibilisent les autres à travers des vidéos de quelques minutes qu'ils scénarisent eux-même.

Dans l'une de ces vidéos, une fille se fait régulièrement insultée et voler son goûter dans la cour, mais deux garçons ont repéré le manège. Paola, 10 ans, qui a participé à ce jeu de rôle, a pu mesurer la solitude de l'élève harcelé : "Ça fait bizarre d'être une victime, ça fait peur". Pour la directrice de l'école, Micheline Chartami, le climat de l'école a changé, grâce à ces vidéos : "Je pense qu'il y a une solidarité qui naît", explique-t-elle. "Les enfants se disent 'Toi, va voir un adulte, il faut en parler' ". 

Maxime lui, n'a pas parlé de son harcèlement pendant près de deux ans. Aujourd'hui, il va mieux mais est toujours suivi psychologiquement et a changé d'établissement.