Bernard Thibault, Europe 1, 1280 1:31
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G.D. , modifié à
Acteur majeur des grèves de 1995, Bernard Thibault se souvient que, comme aujourd'hui, des "caisses de grèves" avaient été mises en place pour soutenir les grévistes à l'époque.
INTERVIEW

La grève à laquelle les usagers de la SNCF doivent actuellement faire face est régulièrement comparée à la grande vague de contestations de novembre et décembre 1995. A l'époque, le mouvement avait duré trois semaines avant de faire plier le gouvernement.

"On n'était pas payés pendant les grèves." Secrétaire général de la CGT cheminots dans les années 90, Bernard Thibault avait été l'une des grandes figures syndicales de ce mouvement. Et si trois semaines d'arrêt complet du travail et de manifestations peuvent paraître longues, aussi bien pour le gouvernement que les usagers des transports, elles le sont aussi pour les grévistes, assure-t-il. "Il faut voir ce que cela représente ! Et contrairement à ce que d’aucuns continuent de répandre, même à l’époque, on n’était pas payés pendant les grèves", précise-t-il dans l'émission Hondelatte raconte sur Europe 1.

Des "caisses de grève" pour soutenir les grévistes. Finalement, les cheminots grévistes de 95 ont tout de même été payés "en partie" car les syndicats ont "fait reconnaître au gouvernement que s’il y avait eu grève, c’était de sa faute" et "il y a eu aussi à l’époque une solidarité financière qui n’a pas été négligeable". Un soutien comparable à ce que connaissent les grévistes actuels avec des "caisses de grève". Des intellectuels et des artistes engagés ont par exemple lancé une cagnotte solidaire sur la plateforme Leetchi.

L'argent, "ce n'était pas le sujet". Mais ces "caisses de grève" ne suffisent pas à compenser le manque à gagner que représentent les jours non-travaillés. D'autant plus que les grévistes ne réclamaient pas d'argent. "A l’époque, il avait même été difficile de détecter les grévistes qui avaient besoin d’un soutien financier. Pour eux, ce n’était pas le sujet. Et il y avait des cheminots qui avaient fait une longue grève, qui, on le savait, étaient dans le besoin, et qui n’allaient pas forcément quémander un soutien", se souvient Bernard Thibault. Selon lui, il s'agit plutôt d'un "encouragement moral" : "Sur le plan matériel, ça restera une faible compensation même si je ne la néglige pas du tout."

Il existe toutefois une grosse différence entre les grèves de 1995 et celles d'aujourd'hui. A l'époque, les plateformes comme Leetchi, sur lesquelles il suffit de quelques clics pour faire un don, n'existaient pas. Il n'était donc pas aussi facile de soutenir les grévistes.