François Falletti : "Notre système de lutte contre le terrorisme est bon"

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Pour l'ancien procureur général de la Cour d'appel de Paris, si la justice, dans son principe, est efficace contre le terrorisme, elle continue, dans les faits, à manquer de moyens.

INTERVIEW

Alors que nombreux candidats à la présidentielle, notamment à droite, appellent à un renforcement drastique du système judiciaire en matière de lutte contre le terrorisme et la radicalisation, François Falletti a tenu a défendre jeudi une institution au service de laquelle il a œuvré pendant quarante ans. "Notre système de lutte contre le terrorisme, sur la plan judiciaire, est bon", a estimé l'ancien Procureur général de la Cour d'appel de Paris et auteur de Confidences d’un Procureur Général, au micro de la matinale d’Europe 1.

Des délais trop longs. "Après les dramatiques situations que l'on a connu en 2015, il faut passer à l’échelle supérieur, et beaucoup d’affaires doivent aller devant la cour d’assise", estime néanmoins ce magistrat qui pointe des délais de procédure trop longs. "Il va falloir, soit simplifier la procédure, soit créer beaucoup de postes de magistrats pour juger ça", explique-t-il. 

Un nouveau type de terrorisme. "Il faut vraiment être conscient que l’on a changé de paradigme", martèle François Falletti, qui explique que la menace terroriste à laquelle est confrontée la France n'a plus rien à voir avec les attentats des années 1980 et 1990. "Aujourd’hui, on est sur un contexte radicalement différent, qui est d'une ampleur mondiale, avec un organisation totalitaire qui organise la manœuvre", développe-t-il, évoquant le risque d'attaques informatiques ou même d'un attentat de nature nucléaire. "On peut avoir des phénomènes de ce genre, il faut absolument se prémunir". Il note cependant que "beaucoup de choses sont faites".

Le risque lié à un effondrement du groupe Etat islamique. Pour ce magistrat, le renforcement des moyens matériels dont dispose la justice est d'autant plus essentiel que la France pourrait se retrouver confronter à une importante vague d'individus radicalisés d'ici les prochains mois. "On parle de 700 Français qui seraient là bas [dans les territoires contrôlés par le groupe Etat islamique, ndlr], les Nations unis parlent de 30.000 étrangers. Si l’Etat islamique s'effondre, ces gens là ne vont pas rester les bras ballants".

"Une main tremblante". Pour François Falletti, cette menace pose un véritable défi au législateur, dans la mesure où elle ne doit pas justifier une réforme hâtive : "Je crois que l'Etat de droit est fondamental, mais il faut voir ce qui est contenu dedans", avance-t-il, estimant que s'il fallait l'adapter à la lutte contre le terrorisme, il faudrait agir avec prudence, "avec une 'main tremblante' comme disait Montesquieu".