Étudiants en pleurs, directeurs démunis...l'épineuse question des tirages au sort à la fac

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Alors que les nouveaux étudiants se bousculent dans les universités, ces dernières recourent au tirage au sort pour la sélection, faute de pouvoir faire autrement et au risque de créer des tensions.

Les universités vont accueillir 40.000 étudiants de plus que l'an passé. Rien qu'en première année, il faut faire de la place pour 7.000 bacheliers supplémentaires. Des efforts ont été faits, avec des travaux et plus de postes d'enseignants. Mais les étudiants se bousculent toujours. En Staps, la fac de sport, certains ont dû en passer par le tirage au sort pour décrocher une place. C'est le cas à Angoulême, où ce mode de sélection, un tri aléatoire critérisé en fonction du domicile et des préférences exprimées, est loin de faire l'unanimité.

"Les étudiants démunis". "On voit des étudiants en pleurs, des parents et des jeunes démunis qui ne savent pas où aller, à qui on avait répété qu'en travaillant ils pourraient réussir et nous on est obligé de leur dire qu'on n'a pas d'autre choix que de ne pas les prendre, parce qu'il y a le tirage au sort et parce qu'il y a des réalités économiques", constate sur Europe 1 Nicolas Epinoux, co-directeur de Staps Angoulême. "On aimerait choisir autrement, mais la règle universitaire est telle qu'elle nous interdit de sélectionner."

Certains arrêtent leur année. Certains, qui sont passés au tirage au sort, n'iront pourtant pas au bout de l'année. "Très vite au mois de septembre, quatre, cinq, six étudiants arrêtent sur des promos de 160", pointe le directeur. "On a une vingtaine d'étudiants qui ne sont pas faits pour ça et on a reçu 50-60 dossiers de gens très motivés qui passent nous voir tous les jours et qui ne peuvent pas rentrer. Cela mériterait une autre forme de sélection."

Frédéric Dardel, président de l'université Paris Descartes
Je ne sais plus accueillir davantage d'étudiants sans mettre en péril la sécurité des personnes

"Je m'inquiète des années à venir".A l'université Paris Descartes, où les cours de médecine reprennent lundi, le président Frédéric Dardel déplore une situation intenable. "Les salles sont occupées en permanence, samedi matin, aussi pendant les heures déjeuner. Je ne sais plus accueillir davantage d'étudiants sans mettre en péril la sécurité des personnes. En tant que président d'université, je m'inquiète de ce qui va se passer dans un an ou deux ans quand le nombre d'étudiants va encore augmenter avec ce qu'on a appelé le baby boom de l'an 2000."

Une autre forme de sélection ? Il milite aussi pour une autre forme d'accès pour les filières encombrées en proposant, par exemple, d'être détenteur d'un bac scientifique pour entrer en médecine. Mais pour le ministère de l'Education, cette sélection est impensable, la liberté d'inscription étant un droit. Pour remédier au problème, il faudrait, surtout améliorer les choix d'orientation, affirme le ministère.