Étiquetage alimentaire : un nouveau règlement efficace ?

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avec agences , modifié à
CASSE-TÊTE - La Commission européenne a détaillé de nouvelles mesures qui entreront progressivement en vigueur à partir du 13 décembre. Mais sont-elles efficaces ?

Éviter la crise d'allergie au restaurant, compter ses calories sans avoir besoin de loupe ou ne pas ingérer de nanomatériaux : les consommateurs européens devraient être mieux informés sur leur alimentation à partir de samedi, grâce à une refonte des règles de l'étiquetage alimentaire. Mais le règlement adopté par la Commission européenne est déjà dénoncé comme une occasion ratée.

Un règlement trop compliqué ? L'Inco, "Règlement relatif à l'information sur les denrées alimentaires", entrera en vigueur progressivement jusqu'en 2016 sur tous les produits pré-emballés, afin d'encadrer les mentions et valeurs nutritionnelles obligatoires. Pour la plupart de ses détracteurs, un feu tricolore ou tout autre code couleur aurait simplifié l'information du consommateur.

Mise en avant des allergènes… L'industrie agroalimentaire défend un travail "qui garantit une lisibilité renforcée et de vrais progrès, comme la mise en évidence des allergènes", juge Camille Helmer, responsable des Affaires réglementaires à l'Ania, l'association des industriels du secteur. Elle cite notamment la taille minimale des caractères figurant sur l'étiquette nutritionnelle, au dos du paquet (1,2 mm) ou la mise en évidence de 14 allergènes.

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… et "matières grasses". On devrait également retrouver sur les produits pré-emballés les nouveaux tableaux de valeur : ceux déjà présents sur plus de 80% des emballages portaient sur les lipides, protéines, glucides et calories. Ils comporteront dorénavant aussi les teneurs en acides gras saturés, sel et sucre. Et on parlera de "matières grasses" pour être bien compris du consommateur.

Des informations "en petit au dos". Pour l'ONG allemande Foodwatch, spécialiste de la dénonciation des fraudes alimentaires, "on ne sera pas mieux informé que par le passé. Ce règlement permet à l'industrie de poursuivre sur la voie des petites ruses légales bien planquées", accuse sa représentante Ingrid Kragl. "On ne sait toujours pas si les animaux sont nourris aux OGM, une demande forte pourtant", cite-t-elle.  Ni l'origine de la plupart des produits - dont la viande transformée. Elle regrette que l'industrie ait refusé l'étiquette nutritionnelle sur la face des paquets, la renvoyant "en petit au dos". "D'autant qu'elle a toujours droit aux visuels trompeurs : de belles fraises sur la boîte même si le produit fini n'en contient qu'une infime quantité".

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Le code couleurs abandonné. Quant aux feux tricolores, pourtant plébiscités par 80% des consommateurs (étude Nutri-Net Santé de l'Inserm), mais jugés "simplistes" par l'industrie, ils auraient "favorisé la comparaison entre les marques", estime Ingrid Kragl, responsable de Foodwatch. Même regret de l'UFC-Que Choisir : "on réclamait un étiquetage lisible, aujourd'hui c'est un vrai jeu de piste", déplore Olivier Andrault, chargé de mission Alimentation de l'organisation.  "On a plus de 40 informations chiffrées sur un paquet ! Ce n'est pas au consommateur d'acquérir une expertise compliquée pour comprendre mais aux autorités d'expliquer".