États généraux de l'alimentation : "une cautère sur une jambe de bois", dénonce Isabelle Saporta

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La journaliste Isabelle Saporta, spécialiste des questions d'agriculture, craint que les États généraux de l'alimentation ne débouchent pas sur un réel changement pour les agriculteurs en détresse.

INTERVIEW

Produire en gagnant sa vie et consommer en la préservant : tel est le double objectif affiché des États généraux de l’alimentation, lancés jeudi à Paris. Agriculteurs, consommateurs, industries agro-alimentaire, ONG et partenaires sociaux se retrouvent autour de la table pendant cinq mois pour un débat national sur le bien-manger et le bien-produire. Ces assises devraient aboutir à des solutions pour sortir de la crise agricole, tout en prenant en compte les enjeux climatiques et sanitaires. "On espère qu'on peut en attendre autant, mais dans les faits, je trouve que ce n'est pas très bien parti", regrette sur Europe 1 la journaliste Isabelle Saporta, qui a notamment enquêté sur la malbouffe et l'agriculture.

"Une cautère sur une jambe de bois". "Ce qu'on attend, c'est que les agriculteurs puissent enfin vivre correctement, car la moitié ne gagne pas 350 euros par mois (...) Or, la première partie des États généraux se fait notamment avec le syndicat majoritaire des exploitants agricoles, la FNSEA, les patrons de la grande distribution et ceux de l'industrie alimentaire. C'est-à-dire les trois acteurs qui ont tout fait depuis 45 ans pour mettre l'agriculture dans cet état là", dénonce Isabelle Saporta. "Je ne vois pas en quoi, en reprenant les mêmes et en recommençant, on va arriver à quelque chose de fabuleusement neuf", doute encore la journaliste, comparant ces assises au fait de "poser une cautère sur une jambe de bois".

"Ce modèle ne paye plus ses agriculteurs". Les agriculteurs sont focalisés sur la question des prix d'achat de leurs produits, vitale pour eux, alors que la grande distribution et sa guerre des prix mises au banc des accusés, devra dire lors de ces États généraux si elle accepte des prix en hausse et moins de marges pour permettre aux producteurs de vivre. "Il faut dire : 'attention ce modèle ne fonctionne plus, ce modèle ne paye plus ses agriculteurs, ce modèle ne rend personne heureux'", recommande encore Isabelle Saporta, alors que de plus en plus d'agriculteurs mettent fin à leurs jours.

Pilotés par le ministère de l'Agriculture, quelque 500 acteurs de la filière agricole vont se réunir en ateliers, qui ne commenceront réellement que fin août, pour se conclure fin novembre. Un compte rendu final est attendu mi-décembre. D'ici là, l'État invite les citoyens à se prononcer via une consultation publique en ligne. Sans savoir encore comment ces contributions figureront dans "l'agenda des solutions" promis par l’exécutif.