Et si la France exagérait bien sa laïcité ?

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"La France exagère sa laïcité". C'est la "petite critique" que le pape a adressé au pays, mardi. L'historienne Valentine Zuber ne lui donne pas tort au micro d'Europe 1.

Mardi, le pape François a estimé dans un entretien à La Croix que la France exagérait sa laïcité, lançant par la même une légère polémique. Des propos qui ont éclipsé une grande partie de l'interview, selon l'historienne Valentine Zuber qui était invitée dans C'est arrivé cette semaine samedi. "Le pape a aussi reconnu que l’Etat laïc était le meilleur Etat possible dans le contexte de multiplication des références culturelles. Il a rendu un hommage à la France comme pays laïc."

"Les consistions religieuse dérangent en France". Selon elle, le Saint-Père "est dans son rôle de chef religieux quand il dit qu’en France, les religions ne sont pas considérées comme des convictions comme les autres. Toutes les convictions politiques, humanitaires, syndicales sont considérées comme égales les unes par rapport aux autres. Mais les convictions religieuses, cela dérange en France." Petit rappel de l'historienne : en Europe, la laïcité, même si le terme n’est pas forcément employé, "est l’apanage des pays qui se réclament de l’Etat de droit et qui sont des démocraties." Si on schématise, poursuit-elle, il existe deux modèles, celui "minoritaire de la séparation,, qu’a choisi la France en 1905. Dans d’autres pays, comme l’Allemagne, les religions participent du lien social et l’Etat leur délègue un certain nombre de taches (hôpitaux, écoles, etc.)."

"Une laïcité qui s'affiche mais ne l'est pas vraiment". Avec la séparation de l'Eglise et de L’Etat en 1905, la France "a gagné le combat mais a aussi un devoir de garantir la liberté d’expression du religieux et du non religieux dans l’espace public." Mais le ferait-elle en défaveur de la religion musulmane ? "Depuis un certain nombre d’années, il y a des mains tendues vers la communauté musulmane". Toutefois, "la religion catholique a, pour des raisons historiques, un privilège d’ancienneté" et "quelque bizarreries font que nos voisins trouvent que notre laïcité s’affiche extrêmement séparative mais ne l’est pas vraiment". Et l'historienne de citer par exemple l’entretien des églises du patrimoine. Une sorte de subventionnement déguisé de la religion traditionnelle.