Éric Dupond-Moretti trouve "scandaleuse" la mise en cause de Nicolas Hulot par Ebdo

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L'avocat pénaliste estime que la présomption d’innocence n'a jamais autant été "bafouée" par les médias que ces derniers temps, et appelle à légiférer.

INTERVIEW

Il s'agace contre la propension au lynchage médiatique. Invité de la matinale d'Europe 1, l'avocat pénaliste Éric Dupond-Moretti a voulu dénoncer les jugements publics, rendus dans les médias sans considération pour la présomption d'innocence. Et le célèbre orateur de citer à titre d'exemple l'affaire Nicolas Hulot, une enquête d'Ebdo ayant révélé début février que le ministre de la Transition écologique avait fait l'objet d'une plainte pour viol classée sans suite en 2008. "Nicolas Hulot a été mis en cause dans des conditions que je trouve, personnellement, scandaleuses parce qu'il n'y pas l'ombre de l'once d'un élément judiciaire et on s'est autorisé, pour le lancement d'un journal, à crever l'honneur de cet homme, de sa famille et de ses proches. Je trouve ça monstrueux", a-t-il déclaré.

"Sans égard, sans respect". Éric Dupond-Moretti dénonce également le traitement médiatique réservés aux affaires Darmanin et Ramadan. "Je ne suis pas l'avocat de Tariq Ramadan, et je ne connais pas le fond du dossier mais je dis qu'il a le droit à la présomption d'innocence", indique l'avocat. "Il n'est pas possible que l'on puisse violer comme ça la présomption d'innocence, sans aucun égard, sans aucun respect".

"Il faut légiférer". "Il y a une dérive assez récente où les jugements sont prononcés sur les chaînes d'information en continue. C'est tellement inquiétant que je pense qu'il faut légiférer", estime Éric Dupond-Moretti qui précise viser "certains médias". "On entend le procureur qui raconte tout le dossier, l'avocat qui dit que le procureur se trompe. On fait un plateau où l'on invite un ancien ou une ancienne magistrate à la retraite qui commente un dossier qu'elle ne connait pas, un ancien policier qui ne connait pas davantage le dossier, des avocats qui ne sont pas dans le dossier. Et même des psychiatres qui parlent de la psychiatrie du mis en examen qu'ils n'ont pas expertisé", détaille-t-il encore. "C'est tapez 1 : il est coupable, tapez 2 : il est innocent, tapez 3 : vous gagnez le voyage à Cayenne !"

"Les journalistes, naturellement, peuvent informer d'un crime, donner un certain nombre d'éléments, informer d'une interpellation mais [il faut] interdire que l'on fasse des procès publics sans accusés, sans droit de la défense et que la présomption d'innocence soit à ce point bafoué", conclut-il.