Enseignement de l'arabe à l'école : "Élèves et familles s'emparent très peu des cours qui existent"

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Pour le journaliste Frédéric Beghin, auteur d'une enquête sur la laïcité à l'école, développer l'enseignement de l'arabe à l'école est une "bonne intention" de Jean-Michel Blanquer, mais la question appelle d'autres réponses, comme il l'a expliqué au micro de Sonia Mabrouk, lundi.

Les cours d'arabe seront peut-être bientôt renforcés dans les écoles. Jean-Michel Blanquer l'a publiquement souhaité, après la publication d'un rapport de l'institut Montaigne, pour "contrer l'instrumentalisation des cours d'arabe dans les mosquées". "Ca part d'une bonne intention du ministre", a jugé sur Europe 1 Frédéric Beghin, journaliste et auteur d'une longue enquête sur la religion dans le milieu scolaire, Une Prière pour l’école, publiée aux éditions Plon.

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"Pas l'arabe de la mosquée". "Aujourd'hui, ces cours d'arabe existent", a-t-il expliqué au micro de Sonia Mabrouk. "Mais les élèves et les familles s'en emparent très peu car ce n'est pas l'arabe qu'ils ont envie d'apprendre ou de parler. Parfois, ils disent aussi que ce n'est pas l'arabe de la mosquée."

Entendu sur Europe 1
Avec la loi de 2004, qui interdit aux élèves les signes religieux ostensibles, c'est comme si on avait mis la religion au fond des cartables en demandant aux élèves de la taire tout au long de la journée
Frédéric Beghin, auteur d'Une Prière pour l'école

Le journaliste décrit aussi une école qui se comporte comme "une grande autruche" à propos de la laïcité. "Avec la loi de 2004, qui interdit aux élèves les signes religieux ostensibles, c'est comme si on avait mis la religion au fond des cartables en demandant aux élèves de la taire tout au long de la journée, alors qu'ils la vivent le matin, le soir et le week-end." Cette loi est selon ses observations "globalement respectée", malgré des "petites tensions quotidiennes" dans certains territoires, avec des "adolescents experts en provocation".

Des contestations d'enseignement de plus en plus précoces ? Au cours de son enquête, Frédéric Beghin a aussi recensé des témoignages de professeurs faisant état de "contestations d'enseignement" qui "se développent et commencent plus tôt dans la scolarité". Il prend notamment l'exemple de "minots d'une école primaire de Marseille" qui refusent d'entrer dans le cimetière de la Treille, où est enterré Marcel Pagnol pour éviter "d'être exposés à des croix".

Face à ces quelques entraves à la laïcité, le journaliste parle d'un électrochoc né des attentats de 2015, après une "première prise de conscience" vers 2012-2013. Un changement des mentalités qui passe aussi par le nouvel enseignement moral et civique (EMC) qui a remplacé l'éducation civique, juridique et sociale (ECJS), "parent pauvre" de l'éducation. L'EMC "commence au CP et est obligatoire jusqu'à la Terminale", a-t-il rappelé.