En France, des profs de collège isolés et mal formés

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En France, des profs de collège isolés et mal formés
Une enquête de l'OCDE montre qu'en France, les enseignants des collèges sont moins formés et moins évalués que dans les autres pays.@ BERTRAND BECHARD/MAXPPP
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ÉDUCATION - Une enquête de l'OCDE montre qu'en France, les enseignants des collèges sont moins formés et moins évalués que dans les autres pays.

Ce n'est pas brillant. Portant sur 100.000 enseignants de collège de 34 pays, une enquête de l'OCDE dévoilée mercredi singularise le professorat de l'Hexagone.  Selon ses résultats, les enseignant français sont mal formés et peu évalués.

Rarement évalués. Le premier constat de l'étude est la faible évaluation des enseignants français. Pour 70% des enseignants de collège, évaluation rime avec inspection. Problème : le nombre de ces évaluations dans une carrière se compte souvent sur les doigts d'une main. Ce que confirme à Europe1.fr Myriam, professeur d'anglais en Île-de-France : "Cela fait huit ans que j'enseigne en ZEP, puis en lycée et je n'ai été inspectée qu'une seule fois. Cela me pose problème, quand il y a des réformes, des nouveaux textes, je fais de mon mieux pour les appliquer mais je n'ai aucun moyen de savoir si ce que je fais est bien !".

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Il faut savoir que les enseignants reçoivent aussi une note "administrative" annuelle de la part de leur direction. Mais elle n'évalue que la ponctualité ou encore la capacité à monter des projets pédagogiques.

Dans les autres pays, la moitié des professeurs disent recevoir des appréciations directement de leur direction. Mais l'OCDE préconise aussi de mettre en place des dispositifs de "commentaires par les pairs" entre professeurs ou de développer des systèmes de "tutorat". 

Peu formés. Le deuxième constat de l'enquête concerne la faiblesse de la formation dont bénéficient nos enseignants. 75% des professeurs français estiment être formés le long de leur carrière alors que c'est le cas de 90% de leurs collègues de l'étranger.

La formation continue est proposée le plus souvent par les académies et s'organise en sessions de un à plusieurs jours. Le manque de temps et d'incitation sont avancés par les enseignants français pour expliquer leur moindre participation. Myriam abonde dans ce sens : "Cela empiète sur mes journées de cours. Du coup, que se passe-t-il pour mes élèves ? Ils restent en permanence et prennent du retard sur le programme. Cela me gêne. Donc, je n'ai jamais abusé de ces formations".

Des profs isolés. Et la formation au sein du collège n'attire pas plus de réponses positives. La majorité des enseignants ne se forme jamais ou rarement auprès de leurs collègues. Ainsi, 80% n'ont jamais assisté au cours d'un autre professeur pour s'améliorer. Dans les autres pays, cette pratique est plus répandue ainsi que celle de faire cours à plusieurs enseignants en même temps.

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Des conséquences sur la qualité des cours. Cette lacune en formation peut expliquer que les enseignants français ne prennent pas eux-mêmes des initiatives dans leur travail. Les chiffres de l'OCDE révèlent que 4 enseignants sur 10 ne sont pas préparés pour appliquer les méthodes pédagogiques. 

Par exemple, la pédagogie dite "différenciée" qui adapte les exercices aux différents niveaux d'une classe n'est pratiquée que par une minorité d'enseignants. La professeure d'anglais explique à Europe1.fr : "Si je fais de la pédagogie différenciée à l'oral, je ne l'ai jamais pratiquée à l'écrit, je ne sais pas comment faire, on ne m'a jamais expliqué."

Mieux former les jeunes professeurs. La solution au problème pourrait-elle venir d'un essor de la formation initiale ? La formation des professeurs débutants avait disparu sous le quinquennat Sarkozy. Elle renaît aujourd'hui dans les Écoles Supérieures du professorat et de l'Éducation, dites ESPE, anciennement IUFM. Même si elles ne satisfont pas les syndicats, elles permettront peut-être à la France d'obtenir de meilleurs résultats lors des futures enquêtes de l'OCDE. Et surtout d'améliorer le niveau des élèves car les performances de ces derniers sont souvent liées au niveau de formation de leurs professeurs.

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