Elsa Wolinski : "La plaie s'est rouverte"

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La fille de Georges Wolinski, dessinateur historique de Charlie Hebdo qui a trouvé la mort dans les attentats de janvier, très touchée par les nouvelles attaques, a accepté de témoigner sur Europe 1. 

Elsa Wolinski n'a pas dormi depuis vendredi. Depuis cette nuit effroyable où 129 personnes ont perdu la vie dans des attentats à Paris. La fille du dessinateur Georges Wolinski, qui a trouvé la mort dans les attentats de janvier, a accepté de témoigner par téléphone sur Europe 1. Choquée, elle a en effet  finalement renoncé à venir physiquement à la radio, accusant "un contrecoup" après les événements.  

"Aujourd'hui, on joue au terroriste". "Quand on a appris (les événements) vendredi, je fêtais l'anniversaire de ma fille", a raconté Elsa Wolinski. Alors que la petite fille de 6 ans avait déjà été marquée par la mort violente de son grand-père, sa mère a souhaité l'épargner, passant ainsi le week-end à "faire comme si de rien n'était". Mais l'actualité a pourtant rattrapé la famille. "Pendant son anniversaire, il y a un petit garçon qui a pris un pistolet en plastique et qui a joué au terroriste", se souvient Elsa Wolinski, frappée par l'épisode dans lequel elle a lu un symptôme de l'époque. "Je me suis dit 'tiens, on ne joue plus aux cowboys et aux indiens… Aujourd'hui, on joue au terroriste'".

Je n'arrive plus à tenir dignement comme je le voudrais". "J'ai la sensation d'avoir tenu vraiment le plus dignement possible depuis janvier dernier", a encore confié Elsa Wolinski qui a constaté avec tristesse :  "La plaie s'est rouverte et je craque. Je n'arrive plus à tenir dignement comme je le voudrais".

"Rentrer en résistance, ça veut dire rester dans la vie". Sur Instagram, après les attentats, Elsa Wolinski poste un message de résistance qu'elle adresse à son père. "Je pense aux victimes, je rentre en résistance. Pas question de leur laisser notre monde. Je garde le poing levé jusqu'au bout, papa." Depuis, Elsa Wolinski accuse le coup. "C'est vrai, c'était ma première réaction. Je me suis dit qu'il fallait (continuer à vivre) jusqu'à ce que ce matin j'aille à l'école", avoue-t-elle. "Parce qu'on a tous envie de tenir debout jusqu'à ce que tout à coup, ça touche nos enfants", a déclaré la fille du dessinateur, tiraillée entre la nécessaire résistance et sa "peur".

Pourtant, la résistance est bien là. Elsa Wolinski refuse "d'élever ses enfants dans la peur", dit-elle.  "Donc quand je dis 'Rentrer en résistance', ça veut dire rester dans la vie, ça veut dire savoir ce qu'on raconte à nos enfants aujourd'hui, parce qu'on est en train de dessiner leur destin", assure-t-elle. "Il faut faire attention à ce qu'on dit, pour ne pas offrir à nos enfants un avenir haineux, en colère, aigri et raciste."