Drame du Cuba Libre, un an après "le deuil n’est pas fait"

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Il y a un an, quatorze jeunes périssaient dans l'incendie d'un bar de Rouen.  

La devanture est encore noircie par les flammes, comme si rien n’avait bougé. Il y a tout juste un an, dans la nuit du 5 au 6 août 2016, un groupe de jeunes s'était réuni dans ce bar de Rouen pour fêter un anniversaire, avant qu’un incendie ne fasse virer la soirée au drame. Aujourd’hui, de grandes plaques de bois cachent l’intérieur dévasté du Cuba Libre. Le nom des quatorze victimes y a été inscrit au feutre noir, dont celui d’Ophélie qui fêtait ce soir-là ses vingt ans.

"Il n’y a pas un jour sans que j’y pense". Sa meilleure amie Naomie avait l’habitude de fréquente les lieux avec elle, mais un an après, elle évite de autant que possible le quartier. "J’ai beaucoup de mal à y venir. Mais que ce soit ici ou ailleurs, il n’y a pas un jour sans que j’y pense. J’ai l’impression que c’était hier. J’ai envie de me dire que ça n’était qu’un cauchemar, que je vais finir par me réveiller et qu’elle sera là… ça n’arrivera pas", confie-t-elle au micro d’Europe 1. "Non, le deuil n’est pas fait", souffle encore la jeune femme.

Des famille dans l'attente d'un procès. Un deuil que les familles n'arrivent pas non plus a faire. Dans la maison de Johnny Autin s'étalent un peu partout des photos de sa fille unique Megan, qui a trouvé la mort au Cuba Libre. Il s’est fait tatouer son prénom sur le bras droit. Pour ce père endeuillé d’une cinquantaine d’année, la vie s’est arrêtée il y a un an : "C’est de la survie. On attend le procès. On est dans le vague, c’est très long et invivable".

Une attente d’autant plus difficile que les deux co-gérants du bar sont aujourd’hui en liberté sous contrôle judiciaire en attente de leur procès en 2018. Poursuivis pour homicides involontaires, ils risquent jusqu’à cinq ans de prison, une peine jugée insuffisante par Isabelle, la belle-mère de Megan : "On a peu d’espoir de voir une punition exemplaire. Même cinq ans, ça ne serait pas assez. Il y a quatorze morts !", s'indigne-t-elle.

Une fascination malsaine. Les commerçants voisins du bar peinent eux-aussi à tourner la pager. Ils connaissaient bien les jeunes habitués du Cuba Libre. Chloé, qui travaille juste à côté, doit souvent répondre aux questions des curieux qui s’arrêtent devant le lieu sinistré. "J’ai craqué plus d’une fois… quand vous voyez que des gens viennent devant l’établissement pour se prendre en selfie. C’est toujours aussi dur", soupire-t-elle.

Dimanche après-midi, quatorze bougies seront installées devant les lieux du drame et les fleurs fanées remplacées pour embellir la devanture le temps d’un hommage aux victimes. "On va être contant de se retrouver en mémoire des enfants, que l'on puisse tous en parler... parce que l'on n'en parle pas", relève Isabelle.