Double-meurtre de Montigny-lès-Metz : les larmes de Francis Heaulme face à sa sœur

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Christine Heaulme, seule proche du tueur en série à lui rendre visite en prison, a livré un témoignage poignant au procès de son frère, devant la cour d'assises de la Moselle, jeudi.

DANS LA SALLE D'AUDIENCE

"Cette histoire d'affaire de Montigny me mélange beaucoup la tête (sic), elle est très compliquée." À la barre, Christine, 50 ans, s'exprime d'une voix faible. Grande et mince, enveloppée dans une doudoune kaki trop grande pour elle, la sœur de Francis Heaulme n'en est pourtant pas à son premier témoignage. Elle est la seule dans l'entourage du tueur en série à continuer de lui rendre visite en prison après ses neuf meurtres.

>>> Voir aussi : Double-meurtre de Montigny-lès-Metz, un procès trente ans après

Surnommé "boucaque" ou "guignol". Impassible depuis le début de son procès pour le meurtre de deux enfants de huit ans, en 1986 à Montigny-lès-Metz, Francis Heaulme laisse cette fois transparaître une émotion évidente. Dès le début de l'audition de sa sœur, les larmes lui montent aux yeux. Interrogée par le président, Christine revient sur leur enfance, marquée par les coups de leur père lorsqu'il avait abusé de l'alcool. Ce dernier rejetait totalement son fils, le surnommait "le boucaque" ou "le guignol". Affectueusement, sa sœur reprend, elle, les termes de sa mère : elle pense Francis Heaulme "attardé".

"Ce qui l'intéressait, c'était un, notre mère, et deux, moi", estime la témoin. Lorsque la première est décédée, en 1984, Francis Heaulme a tenté de mettre fin à ses jours. Quelques semaines plus tard, il commettait son premier meurtre. À cette période, Christine avait rencontré quelqu'un. "Si je n'avais pas abandonné mon frère pour cet homme, il serait toujours avec moi", souffle-t-elle. "Il est devenu un vagabond."

"Je resterai toujours près de lui". Christine Heaulme se sent mal, demande un verre d'eau. On lui apporte un sucre, elle enlève sa veste et poursuit. Les souvenirs s'enchaînent. Elle reprend du poil de la bête en évoquant la passion de son frère pour le vélo. "Où est ce vélo ? C'est la question que je me pose. J'aimerais bien faire du vélo en souvenir, où est ce vélo, vous devriez savoir non ?", s'emporte-t-elle à l'adresse du président, alors que Francis Heaulme est emprisonné depuis plus de vingt ans.

La sœur de l'accusé en profite pour balayer une accusation formulée par l'un de ses anciens codétenus, selon laquelle elle aurait cessé de rendre visite à son frère après qu'il avait avoué le meurtre de Joris Viville, un enfant belge de dix ans. L'argument avait été avancé comme pouvant expliquer l'absence d'aveux d'Heaulme : reconnaître des crimes d'enfants risquait de le priver de son seul lien avec le monde extérieur. "Archi faux", pour Christine Heaulme. "Quoi que mon frère ait fait ou pas fait, je resterai toujours près de lui." Et d'évoquer sa vie en prison : "Il a Geoffroy et Thibault, ses amis, il regarde la télé, il mange, il m'écrit, il attend."

"Je le piège, je veux savoir". "Montigny, je le bassine, je le piège, je veux savoir", poursuit Christine Heaulme. "'C'est pas moi' il dit, et je le crois". À plusieurs reprises, la quinquagénaire s'adresse directement à son frère. "On va y arriver, j'ai toujours dit 'Francis, tu es dans un tunnel noir, tu vas en sortir'". Et va jusqu'à l'interroger directement : "est ce que c'est toi ?" L'accusé, en pleurs, debout dans son box : "non, c'est pas moi !".

L'audition se termine plus doucement, par la lecture d'un témoignage de la tante et marraine du "routard du crime", qui évoque son attitude ambiguë avec les femmes. Christine Heaulme corrige : "mon frère ne s'est jamais intéressé aux femmes. Heureusement qu'il ne peut pas (il souffre du syndrome de Klinefelter, une anomalie génétique qui l'empêche notamment d'éjaculer, ndlr), sinon, on l'accuserait de viol même !" Dans le box, Francis Heaulme ne la quitte pas des yeux. Lorsqu'elle s'en va, il lui adresse un baiser de la main à travers la vitre.


Francis, un gars "sérieux et intelligent" pour son père

L'audition était très attendue, elle s'est révélée pauvre en réponses. Marcel Heaulme, père de Francis, qui n'avait pas vu son fils depuis plus de vingt ans, s'est également présenté devant la cour d'assises de la Moselle, jeudi - quelques minutes après que sa fille l'a accusé d'attouchements sexuels. Âgé de 83 ans, le vieil homme s'est muré dans le déni, présentant son fils comme un "gars très sérieux, intelligent et tout" et niant avoir jamais levé la main sur lui : "c'est tout des mensonges. Francis, je ne l'ai jamais frappé, même pas une fois." Et de conclure : "en tout cas, il n'a jamais fait de mal à personne, c'est sûr et certain."