Djihadistes français arrêtés en Syrie : un enjeu "stratégique" pour le renseignement

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Des djihadistes français ont été arrêtés en Syrie mais seront probablement jugés sur place, faute d'accord d'extradition entre la France et les forces locales.

ANALYSE

L’arrestation d’un convoi de djihadistes français en Syrie intéresse fortement le renseignement. Plusieurs dizaines de Français, avec femmes et enfants, ont été arrêtés il y a dix jours à la frontière turco-syrienne, à mi-chemin entre Mossoul et Raqqa, en zone kurde. Ces djihadistes "fuyards" voulaient rejoindre la Turquie, alors que l’étau se resserre autour de Daech, avant d’être finalement arrêtés par les Forces démocratiques syriennes (FDS). Tous à l’exception d’un sont connus et recherchés par la justice française.

Absence d’accord d’extradition avec les FDS. Toutefois, ils ne seront vraisemblablement pas jugés sur le territoire national car il n’existe pas d’accord d’extradition entre la France et les FDS. "Les FDS, à majorité kurde, sont à la manœuvre dans le Kurdistan syrien. Ils sont autonomes mais ce n’est pas un État reconnu, c’est le gouvernement syrien de Bachar al-Assad qui prévaut toujours officiellement", explique Gwendoline Debono, grand reporter à Europe 1. "La France ne peut donc pas avoir d’accord d’extradition avec eux puisque ce n’est pas un État. Les djihadistes arrêtés par les FDS sont habituellement détenus dans leurs prisons, interrogés, et jugés" par un tribunal autonome kurde, même si celui-ci n’est pas reconnu à l’international, ajoute-elle.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait indiqué sur Europe 1 que les djihadistes français arrêtés en zone irako-syrienne relevaient de la juridiction locale. "Les autorités françaises ont été très claires : c’est aux autorités locales de juger les djihadistes français, hommes et femmes", rappelle Gwendoline Debono. "Mais les Irakiens ont plus de mal à juger les femmes françaises car ils ne voient pas tellement l’intérêt de retenir des charges contre elles, hormis de leur reprocher l’entrée irrégulière dans le pays. Dans ce cas, la France se verra dire qu’elles seront extradées." Seuls les enfants de Français partis faire le djihad en Syrie et en Irak seront rapatriés "au cas par cas" sur le territoire, avait expliqué Emmanuel Macron.

Entendu sur Europe 1
La vraie question est sur le renseignement, l’information et les interrogatoires

Pour le professeur de criminologie Alain Bauer, cette absence d'accord d'extradition ne devrait pas poser problème aux autorités françaises. "Cela fait des dizaines d’années que la France, comme les grands États, a des relations avec des entités (comme les FDS, ndlr) qui ne sont pas reconnues sur le plan diplomatique (…), ce qui permet des interrogatoires et la transmission de renseignement", assure-t-il sur Europe 1. Selon lui, l’extradition de ces djihadistes français ne constitue pas un problème "diplomatique ou juridique" mais plutôt "stratégique" pour Paris : "La vraie question est sur le renseignement, l’information et les interrogatoires." Les interrogatoires de ces djihadistes pourraient en effet constituer une mine d’informations pour le renseignement.