Discriminations à l’embauche : "la France est dans le déni"

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Jean-Christophe Sciberras, ex-président de l'ANDRH, président du groupe de dialogue sur les discriminations, a pointé du doigt les nombreuses discriminations liées à l’origine, en France. 

INTERVIEW

"Les compétences d'abord". Le gouvernement a lancé lundi une campagne de sensibilisation aux discriminations à l'embauche liées à l'origine, pour lutter contre le "sentiment d'humiliation" des jeunes diplômés des quartiers populaires. Près de 2.000 affiches seront déployées en France, avec pour slogan "les compétences d'abord".

Pour Jean-Christophe Sciberras, ex-président de l'ANDRH (Association nationale des DRH), président du groupe de dialogue sur les discriminations, la France accuse un gros retard dans le domaine. "On est dans le déni. La situation n’est pas brillante. Toutes les études montrent de vrais problèmes en France", a expliqué le DRH France de Solvay, invité lundi soir du Club de la presse d’Europe 1. 

"Les Anglais choqués et surpris." Selon une étude de l'Institut Montaigne, les hommes perçus comme musulmans pratiquants ont quatre fois moins de chances d'être convoqués en entretien d'embauche que les hommes perçus comme catholiques pratiquants. "Les étrangers nous le disent : les Anglais, quand ils viennent en France, sont choqués et surpris", a constaté Jean-Christophe Sciberras.

"C’est d’autant plus choquant qu’on a un arsenal juridique sur la question, mais très peu de procès. Il faut s’attaquer à des causes profondes, des stéréotypes. En écartant certains candidats, on écarte des bons candidats pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le poste. Donc l’entreprise y perd aussi. Ce n’est pas qu’un sujet de société, c’est aussi un sujet économique", a-t-il poursuivi.

"Il faut regarder la réalité chiffrée". Pour y remédier, le gouvernement a lancé récemment deux campagnes de testing auprès de "plusieurs dizaines d'entreprises de plus de 1.000 salariés" et dans la fonction publique. Les résultats sont attendus en septembre. Au terme de l'expérience, le ministère demandera aux entreprises fautives de mettre "en œuvre des plans d'action très concrets".

"Si on veut avancer, il faut regarder la réalité chiffrée, plutôt que des grands discours. L’important est de se mettre au travail à partir d’une réalité. Le "testing" qui a été lancé permettra d’avoir une photographie de chaque entreprise", a conclu Jean-Christophe Sciberras.