Des moines normands ressuscitent la bière d'abbaye

  • A
  • A
Des moines normands ressuscitent la bière d'abbaye
La bière Saint-Wandrille "brassée par les moines" s'écoule à un rythme soutenu@ AFP
Partagez sur :

Très actifs au Moyen Age dans l'activité brassicole, les moines avaient fui la France à la Révolution et emmené avec eux leurs recettes dans ce domaine.

Derrière les vénérables murs de l'abbaye bénédictine de Saint-Wandrille (Seine-Maritime), fondée en 649, des moines ont ressuscité un savoir-faire que l'on croyait à jamais disparu en France: la production d'une bière monastique. Contrairement à la Belgique où la bière trappiste a fait florès, la France n'avait plus connu de bière d'abbaye produite sur son sol par les moines eux-mêmes, à l'exception de celle de Sept-Fons pendant quelques années, au début du XXe siècle.

La bonne nouvelle se répand déjà dans le monde de la bière artisanale. "Les retours sont bons. Pour moi c'est un grand événement, un des plus importants que j'ai connus dans ma carrière entamée en 1973", confie le biérologue de renom Hervé Marziou, 69 ans, qui a conseillé les moines normands.

25.000 bouteilles déjà vendues. Commercialisation en août d'une version non encore définitive, véritable lancement début décembre: la bière Saint-Wandrille "brassée par les moines" s'écoule à un rythme soutenu. Quelque 25.000 bouteilles de 50cl, au prix de 4,50 euros l'unité, ont déjà été vendues dans la boutique de l'abbaye, ou dans d'autres établissements monastiques de France, par internet ou encore par l'intermédiaire de quelques cavistes et épiceries fines, comme le Comptoir des Abbayes à Paris.

"En août 2014, nous nous sommes réunis et l'idée de la fabrication d'une bière a germé", raconte frère Benoît, 29 ans, chargé de la communication. Parmi les trente moines, deux se sont lancés dans l'aventure, frère Matthieu, 31 ans, et frère Christian, 70 ans, qui vont aller se former au lycée agricole Biotech' de Douai, dans le Nord. A leur retour ils se sont exercés sur un kit de brassage offert par des Anglais.

"Ils se sont démarqués des bières belges". Un comité de dégustation s'est accordé sur le goût - amer mais pas trop - et la couleur, plutôt caramel, entre la blonde et l'ambrée. "Ils se sont démarqués des bières belges aux notes sucrées mais avec moins d'amertume que les bières typiques du nord de la France", explique Thierry Cauet, leur formateur de Douai, qui estime que ce goût va plaire dans de nombreuses régions françaises.

Fin 2015, les moines font le grand saut financier et sollicitent un prêt du Crédit Agricole de 750.000 euros pour l'acquisition d'un matériel neuf et automatisé. La chaîne d'embouteillage permet de remplir 1.500 bouteilles à l'heure. L'objectif de production est de 80.000 litres par an.

Les revenus obtenus vont permettre la réfection d'une aile de l'abbaye, menacée d'effondrement, l'ouverture d'une nouvelle hôtellerie pour des retraitants de plus en plus nombreux, la consolidation des ruines de l'ancienne abbatiale et la restauration du cloître gothique dont une frise représente une feuille de ... houblon. Signe que l'esprit de la bière a déjà soufflé à Saint-Wandrille.