Côtes d'Armor : droite et gauche s'unissent contre un permis minier validé par Macron

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Côtes d'Armor : droite et gauche s'unissent contre un permis minier validé par Macron
@ MIGUEL MEDINA / AFP
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Dans la 3e circonscription des Côtes d’Armor, les candidats s’unissent contre un projet minier. Nicolas Hulot, nouveau ministre de la Transition écologique, leur répond ce jeudi. 

Dans la campagne intense des législatives où chacun lutte pour sa place à l’Assemblée nationale, il y a rarement consensus. Pourtant, en Bretagne, dans la troisième circonscription des Côtes d’Armor, les principaux candidats s’unissent. Ils s’opposent à un projet minier accordé en novembre 2014 par Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Économie. Le député sortant Marc Le Fur (LR), les candidats Olivier Allain (LRM), Ronan Glaziou (LFI), Nicolas Hervé (EELV), Pierre-Marie Launay (FN) et Christelle Schweitzer (PC), ont en effet signé jeudi 1er juin une lettre commune publiée dans Le Monde.

Un permis donné par l’ex-ministre Emmanuel Macron. Adressée au ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, et à Bruno Le Maire, nouveau locataire de Bercy, la missive réclame purement et simplement "l’abrogation du permis minier Variscan à Merléac". Une demande délicate pour le nouveau ministre de la Transition écologique, puisque le projet avait été autorisé par l’actuel président de la République.

Si le sujet arrive sur le devant de la scène dans le contexte électoral, la polémique remonte à plusieurs années. Demandé en 2011 par l’entreprise australienne Variscan Mines, le permis exclusif de recherche minière, dit "PERM Merléac" est accordé fin 2014 par arrêté ministériel. Il autorise les géologues de Variscan à sonder le sol breton sur une surface de 411 km², (soient 32 communes concernées), à la recherche de cuivre, de zinc, de plomb, d’or et d’argent.

La région est très agricole ; les habitants s’inquiètent pour leurs terres, et la qualité de l’eau qui pourrait être contaminée par la dissémination de toxiques naturels présents dans le sol. Entre 1958 et 1981, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) avait déjà sondé le sol de la butte dite de la Porte-aux-Moines, près de Merléac. Les fouilles avaient finalement été abandonnées. Le rapport de la BRGM avait alors alerté : "les travaux miniers de reconnaissance ont eu des conséquences notables sur l’environnement", notamment "la modification du régime des eaux souterraines".

Face au permis délivré fin 2014, une contestation citoyenne s'est donc peu à peu mise en place, prenant forme avec l’association "Vigil Oust Merléac". Il y a deux semaines, le collectif a publié une lettre ouverte à destination de tous les candidats, en réclamant une réponse publique et des engagements.

Nicolas Hulot promet une étude indépendante. Lui-même auteur mi-mai d’une lettre à Nicolas Hulot et à l’origine de l’action commune des candidats, Marc Le Fur, député LR de la circonscription depuis 2002, avait interpellé Ségolène Royal sur le sujet lorsqu’elle était ministre de l’Environnement. Sans réponse à l’époque, il est satisfait de la réaction rapide de son successeur. Nicolas Hulot l’a en effet appelé mercredi 31 mai.

"M. Hulot nous promet une étude indépendante sur l’impact des potentiels forages, ce que je réclamais. Je me réjouis d’un ministre qui agit si vite, malgré cette période chargée où il doit constituer son cabinet", se félicite le député, contacté par Europe1.fr. "Objectivement, on va dans le bon sens."

Contactée elle aussi, l’association à l’origine de la contestation reste déçue. "D’après nos informations, les politiques ont obtenu de l’État une étude d’impact sur trois sites de forages seulement. Cela représente environ 1 km² une surface de recherche de 411 km². C’est peu", fait remarquer Lucie Guillot, l’une des 30 co-présidents du collectif. "Nous demandons une évaluation environnementale complète sur tout le territoire. Et surtout que l’avis de la population soit pris en compte."



Une polémique électorale ? Du côté de Variscan, on reste discret en attendant que la polémique retombe. Le directeur général, Michel Bonnemaison, a promis dans Le Monde de "laisser passer l’été avant de commencer les forages pour ne pas jeter de l’huile sur le feu".

Le président du groupe Jack Testard, fait lui savoir par son assistante contactée par Europe1.fr que "Variscan ne se prononcera pas pendant la période électorale"…et appelle les journalistes à le recontacter à partir du 19 juin, lendemain du second tour des législatives.

Du côté du collectif citoyen on redoute justement que "l’opposition actuelle ne soit qu’un objectif électoral". Lucie Guillot, la co-présidente de l'association, se souvient avoir organisé des rassemblements en octobre et mars : "aucun des candidats actuels ne s’était alors déplacé", pointe-t-elle.

"Si les forages commencent, notre recours en justice est prêt", assure la militante. En attendant le dénouement de l’affaire, et l’étude de l’État, l’association s’organise. Une alerte SMS est mise en place depuis le début de l’année. En cas d’apparition d’une foreuse dans la région de Merléac, les habitants - qui se sont portés volontaires en amont – recevront un message les invitant à venir défendre leurs terres.

Jusqu’ici, la foreuse est restée à distance, utilisée dans les Pays-de-la-Loire voisins sur un autre site de recherche.