COP21 : pas si simple de consommer "bio" ET "écolo"

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COP21 : pas si simple de consommer "bio" ET "écolo"
@ REMY GABALDA / AFP
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La place de l'agriculture biologique sera l'un des thèmes majeurs de la COP21, qui se tient jusqu'au 11 décembre à Paris. 

La COP21 tente de sauver la planète depuis lundi. Parmi les sujets abordés lors de cette 21e Conférence de l'ONU sur le climat : la place du bio dans l'agriculture mondiale. Mais "bio" rime-t-il forcement avec "écolo" ? Selon l'institut de sondage CSA, 57% des consommateurs de "bio" le sont dans un souci de préservation de l'environnement. Pourtant, les choses ne sont pas si simples que ça. Décryptage.

Manger "bio", ça veut dire quoi ? Un produit "bio" est un produit composé à 95% d'ingrédients issus de l'agriculture biologique, dont la définition varie selon plusieurs labels. De manière générale, les produits "bio" consommés en Europe doivent respecter certains critères précis : l'agriculteur ne doit pas utiliser de produits de synthèse, comme les produits phytopharmaceutiques (insecticides, fongicides, herbicides), d'engrais synthétiques, d'antibiotiques ou d'OGM. Ce qui le pousse à utiliser des engrais naturels, ou des techniques permettant de créer un écosystème durable. En France, le label AB (Agriculture biologique) garantit le respect de ce cahier des charges.

Les bienfaits du "bio" pour l'environnement. Comme elle doit se passer de produits chimiques, l'agriculture biologique en elle-même a de nombreux effets vertueux sur l'environnement. A commencer par les sols, comme l'explique sur son site la "FAO", la branche agriculture de l'ONU : "les méthodes visant à entretenir la qualité des sols, comme la rotation des cultures, les cultures intercalaires, les engrais biologiques et le labourage superficiel des terres […] sont propices à la faune et à la flore des sols puisqu'elles en améliorent la composition et la structure et créent des systèmes plus stables. Ces techniques de gestion jouent un rôle crucial dans le contrôle de l'érosion des sols".  

Qui dit sols plus propres, dit également nappes phréatiques plus propres, et donc eaux plus propres. En ne rejetant pas ou peu d'élément chimique dans les sols, l'agriculture biologique contribue à avoir une eau plus saine. "Dans les zones où la pollution est un réel problème, la conversion des terres à l'agriculture biologique est fortement encouragée en tant que mode de récupération (préconisation des gouvernements français et allemand, par exemple)", détaille la FAO.

L'agriculture a en outre des effets positifs sur l'air. De manière indirecte, d'une part : elle se passe de pesticide, qui sont très polluants à fabriquer. Mais il y a aussi un impact plus direct, dans le captage du carbone : "de nombreuses méthodes de gestion utilisées en agriculture biologique permettent d'accroître le retour du carbone dans le sol, augmentant ainsi la productivité et favorisant la rétention de carbone", selon la FAO.



Il faut faire (très) attention à la provenance. Toutefois, le label AB ne garantit pas que le produit que le consommateur a en face des yeux respecte l'environnement. Pour ça, en France, il y a les labels NF Environnement et Ecolabel Européen. Quelle est la différence ? Un produit respectueux de l'environnement doit l'être de bout en bout de la chaîne. Or, un produit, tout bio qu'il est, venant de l'autre bout du monde, aura un impact environnemental négatif, en raison de la pollution entraînée par le transport.   

Ainsi, selon l'Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique (dite "Agence bio"), 24% des produits bio en France viennent de l'étranger. Pour les produits de la mer et les produits d'épicerie (pâtes, riz, céréales, condiments, conserves, boissons non alcoolisés etc.)  dits "bio", cela dépasse même les 50%. Environ 25% des fruits "bio" viennent même d'un pays extérieur à l'Union européenne. Le mieux est donc de vérifier que l'on consomme "bio" ET "local". Le "local" seul, d'ailleurs, ne suffit pas forcement : certaines serres françaises peuvent consommer plus d'énergie qu'une culture en pleine air espagnol.

Attention (aussi) à l'emballage. Il faut, enfin, faire attention à l'emballage de vos produits. Car le label AB assure que le produit est issu d'une agriculture à 95% naturelle… mais ce n'est pas forcément le cas de de son emballage. Dans l'idéal, pour respecter l'environnement, privilégiez donc les produits "en vrac"; ou avec des emballages bio dégradables : barquettes et films à base d’amidon de maïs 100 % d’origine végétale, emballage à base d'acide polylactide (100% biodégradable, reconnaissable sous le sigle PLA).

Certains producteurs utilisent également du plastique et du carton recyclé. Enfin, notez que tous les emballages plastiques ne se valent pas. Certains sont mieux recyclables que d'autres, d'autres sont davantage "biodégradables", comme le détaille par exemple le site "biolinéaires.com", spécialisé dans les points de vente Bio et diététiques

>> En résumé, voici l'ordre de préférence si l'on veut respecter l’environnement : 

  • 1 -

    "Bio" ET "Local", sans emballage ou avec un emballage biodégradable 

  • 2 -

    "Bio" ET "local", avec un emballage recyclable ou recyclé 

  • 3 -

    "Bio" ET "local", avec un emballage plastique 

  • 4 -

    Un produit "local" et non "bio" (hors agriculture sous serre surchauffée) 

  • 5 -

    Un produit "bio" de l'autre bout du monde 

  • 6 -

    Un produit "non bio" de l'autre bout du monde