Bac 2015 : comment est notée une copie de philo ?

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Bac 2015 : comment est notée une copie de philo ?
@ AFP
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Barème, échanges entre enseignants, subjectivité... Une prof de philo raconte à Europe 1 comment est corrigée une copie de philosophie. 

BAC

Pour l’épreuve de mathématiques, il est assez facile de s’imaginer comment est corrigée une copie du bac : c’est juste ou c’est faux. Puis, il suffit de se référer au barème. Pour l’épreuve de philosophie, sur laquelle les aspirants bacheliers ont planché mercredi, le doute est permis : n’y a-t-il pas une part de trop grande subjectivité pour noter "en toute objectivité" une copie ? Comment sont établis les barèmes ? Europe 1 a posé la question à Lucile Peyre, professeur de philosophie en Terminale dans l’Aveyron.

"Il n’y a pas de barème". Première surprise : il n’existe pas de barème. "Ce n’est pas la même chose que les maths, la philo, c’est beaucoup plus subjectif", nous confirme Lucile Peyre. Contrairement à d’autres matières, les professeurs de philosophie vont chercher leurs copies ailleurs que dans leur établissement d’origine. "Cette année, mes collègues vont à Toulouse", explique Lucile Peyre, qui après cinq ans de correction au Bac, s’abstiendra cette année.

"On échange ensemble sur les sujets". Après avoir récupéré les copies - entre 80 et 150 selon les années et les filières -, les professeurs de philosophie se réunissent dans une salle avec le président du jury. Ils sont environ une trentaine et vont d’abord échanger librement sur les sujets donnés cette année. "Puis, on prend quelques copies au hasard et on les lit à voix haute ou on les photocopie pour tout le monde", détaille Lucile Peyre.

Après avoir partagé sur ces copies, les professeurs sont invités à les noter. "Pour la première copie, l’écart est assez important. On demande alors à ceux qui ont donné la plus haute et la plus basse note de se justifier, parfois, c’est tendu", sourit Lucile Peyre. Les professeurs se mettent ensuite d’accord sur ce qui est pénalisant ou pas.

Lucile Peyre se souvient d’une année où un texte de Jean-Jacques Rousseau, L’Emile ou l’éducation, avait été donné à la filière scientifique. "Il était marqué en bas du texte et ça pouvait ne pas être clair : 'Rousseau, Emile'", raconte la professeure, "certains élèves ont donc pensé que l’auteur s’appelait Emile Rousseau". Ils n’ont finalement pas été sanctionnés pour cela.

"On retravaille les copies". Les correcteurs, forts de leurs échanges, rentrent ensuite chez eux corriger leurs copies. Puis, ils se retrouvent à nouveau pour la commission d’harmonisation où ils donnent leur moyenne par copie et leur moyenne générale. Toutes les copies en dessous de 5 sont systématiquement corrigées à nouveau par un, voire deux professeurs. Les enseignants qui ont les moyennes les plus basses ou les plus hautes doivent aussi relire à voix haute leurs copies pour voir s’ils n’ont pas été trop indulgents ou trop sévères.

"Mettre 20 en philo, c'est possible". La commission d’harmonisation permet aussi de revenir sur les copies dites problématiques, "celles dont on ne sait pas quoi faire", explique Lucile Peyre. Elle se souvient d’un de ses collègues qui avait une copie tout à fait insolite puisque la lycéenne y racontait sa vie, "comme un journal de bord". "On a dû lui mettre deux ou trois", se rappelle la professeure. Enfin, "on peut aussi lire les excellentes copies où l’on hésite entre un 18, un 19, voire un 20 car oui, on peut mettre 20 en philo", conclut avec malice, Lucile Peyre.

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