Claude Chossat, ancien membre de la mafia corse, se confie

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Claude Chossat évoque au micro d'Europe 1 les années qu'il a passées au sein de la bande corse de la "Brise de Mer", à l'occasion de la sortie de son livre "Repenti, un ancien de la Brise de Mer raconte".

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

C'est un livre choc, un témoignage unique, qui sort mercredi en librairie. Un ancien membre du célèbre gang corse de la "Brise de Mer", se confesse dans un livre : Repenti, un ancien de la Brise de Mer raconte (éditions Fayard*). Pendant deux ans, de 2007 à 2009, Claude Chossat a servi de chauffeur, de garde du corps et même parfois de confident à Francis Mariani, l'un des parrains corses les plus redoutés, fondateur de cette redoutable bande de malfaiteurs qui s'est infiltrée, depuis les années 1980, dans tous les secteurs de l'économie et de la politique, en Corse et même sur le continent.

"Un sentiment de puissance phénoménale". L'homme l'avoue à Europe 1, il a été pris de "vertige" lorsqu'il a été recruté comme chauffeur par Francis Mariani, avec lequel il avait sympathisé en prison. Un changement de vie radical pour lui : "On se retrouve du jour au lendemain à se promener avec les parrains, dans des véhicules blindés, armé, avec des gilets pare-balles, à organiser leurs rendez-vous en toute sécurité. Quand on côtoie ce milieu qu'était la "Brise de Mer" en Corse, ce sont des portes ouvertes partout, avec un sentiment de puissance phénoménale parce que c'étaient des gens énormément craints", raconte Claude Chossat. "On a l'impression de vivre dans un autre monde. Mais la réalité est tout autre, et le jour où l'on s'en rend compte, il est trop tard".

Une vie de fugitif. Claude Chossat a fini par se livrer à la justice et tout raconter. "Je décide de quitter tout ça parce que je me rendais compte que ça n'allait pas aller bien loin. J'ai collaboré avec la justice qui s'est servie de moi pour résoudre pas mal d'affaires et arriver à des condamnations", assure-t-il.

Aujourd'hui en liberté, repenti sans en avoir le statut, il vit caché en France, avec sa famille sous son vrai nom et sans protection, ce qui l'oblige à déménager régulièrement pour ne pas être victime d'éventuelles représailles. "Je suis le grand oublié d'un magistrat qui m'avait donné sa parole. C'est un coup de couteau dans le dos", explique l'ex-mafieux. "On m'avait promis des réductions de peine, de pouvoir partir à l'étranger avec ma famille. Je suis sous contrôle judiciaire depuis six ans, donc j'ai interdiction de quitter la France. Je pointe toutes les semaines, donc chaque semaine je donne rendez-vous à la mort !"

"Il y avait une certaine éthique". Claude Chossat craint désormais pour la sécurité de ses proches, dans la mesure notamment où les pratiques du milieu se sont radicalisées selon lui. "J'ai peur pour ma famille. Avant, il y avait une certaine éthique : jamais personne de la "Brise de Mer" n'a tiré sur des enfants ou des femmes. Mais depuis, une femme et un enfant ont été victimes d'une tentative d'assassinat dans leur voiture. C'était du jamais vu en Corse !"

Il espère que son témoignage servira d'exemple à une génération en péril : "J'ai écrit ce livre pour que les gens sachent comment les choses se passent réellement en Corse. Et si ce livre peut éviter à des jeunes de faire les mêmes bêtises que moi, ça servira !"


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*Repenti de Claude Chossat, éditions Fayard, 19 euros