Cinq de ses amants mystérieusement accidentés : la "veuve noire" de l'Isère jugée en appel

La "veuve noire" de l'Isère sera jugée en appel à partir de Lundi
La "veuve noire" de l'Isère sera jugée en appel à partir de Lundi © JACK GUEZ / AFP
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Margaux Lannuzel
Condamnée à 30 ans de prison en première instance, Manuela Gonzalez est jugée en appel pour le meurtre de son dernier mari, Daniel Cano, en octobre 2008.

 

"Ce qui m'étonne, c'est qu'elle soit passée au travers des mailles du filet aussi longtemps", commentait Me François Leclerc, l'avocat de la famille du dernier époux de Manuela Gonzalez, lors du procès en première instance de cette dernière. En avril 2014, la "veuve noire de l'Isère", 53 ans, avait été condamnée à 30 ans de réclusion pour le meurtre de Daniel Cano, commis six ans plus tôt. En une vingtaine d'années, quatre autre de ses anciens maris avaient été victimes d'étranges accidents ou intoxications et deux d'entre eux étaient morts, sans qu'elle ne soit jamais condamnée. Le procès en appel de l'ancienne monitrice d'auto-école s'ouvre lundi, à Valence.

Libérée pour vice de procédure. Malgré l'absence de "preuves évidentes" lors du procès aux assises, l'avocat général avait estimé qu'il existait "un faisceau d'éléments, un enchaînement de faits, de constatations, qui permettent de demander une décision de culpabilité". Victimes de "pressions" d'après l'avocat de l'accusée, qui réclamait l'acquittement, les jurés avaient condamné la quinquagénaire. Pourtant, Manuela Gonzalez comparaîtra libre, lundi. En raison d'un délai trop long entre son premier procès et l'appel, la "veuve noire" a été remise en liberté pour vice de procédure en septembre 2015. Son avocat avait alors argué qu'une telle attente - 17 mois - relevait "de la torture psychologique".

Une assurance vie de 100.000 euros. Les faits remontent au 31 octobre 2008. Le corps calciné de Daniel Cano, un chaudronnier de 58 ans, est retrouvé dans la carcasse de sa voiture, à 150 mètres du domicile conjugal de Villard-Bonnot, en Isère. Immédiatement, son épouse évoque un suicide, attirant déjà l'attention des enquêteurs. L'autopsie, qui révèle d'importantes traces de médicaments dans l'organisme de la victime, vient confirmer ces doutes. D'autant qu'un mois avant sa mort, Daniel Cano, qui bénéficiait d'une assurance vie de 100.000 euros, avait miraculeusement échappé à un incendie dans sa chambre. La faute à une bougie poussée au sol par le chien, selon son épouse. Au milieu de la nuit, cette dernière faisait la cuisine au rez-de-chaussée lorsque l'incendie s'était déclaré.

Asphyxie au gaz d'échappement. Les éléments troublants s'accumulent. Le prêt contracté par la femme sans prévenir son époux, en hypothéquant la maison familiale, et les tensions qui s'en étaient suivies. Mais surtout, le passé de la quinquagénaire, qui refait surface. En décembre 1983, son premier époux a passé trois mois à l'hôpital après avoir absorbé une forte dose d'anxiolytiques. Un an plus tard, victime d'une overdose d'un dérivé de morphine, c'est son amant qui passait plusieurs jours dans le coma. En 1989 et 1991, deux de ses compagnons sont morts asphyxiés, respectivement par des gaz d'échappement et après un incendie.

Une personnalité "étrange".  "Ces faits sont soit couverts par la prescription, soit par l'autorité de la chose jugée", avait martelé l'avocat de Manuela Gonzalez en première instance, refusant que le passé de sa cliente soit pris en compte par les jurés. Mise en examen après le deuxième décès, cette dernière avait en effet bénéficié d'un non lieu. Lors du premier procès, le psychologue Gérard Poussin avait décrit une femme à "la personnalité originale, voire étrange", qui "reste en partie une énigme". L'accusée avait, elle, répété qu'elle était "une personne comme tout être humain, qui travaille pour s'en sortir, pour payer ses dettes". Écrouée en 2008, elle n'a jamais bénéficié de l'assurance vie de son défunt mari.