Christophe Hondelatte : "À chaque fois, l'irraisonnable rejaillit dans l'affaire Grégory"

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Selon le journaliste, spécialiste des affaires criminelles et judiciaires, l'affaire Grégory, relancée mercredi près de 33 ans après les faits, "est emprunte de déraison depuis le début".

INTERVIEW

Près de 33 ans après les faits, l'interrogatoire de cinq membres de la famille Villemin, dont trois placés en garde à vue, a spectaculairement relancé l'affaire Grégory, assassiné en 1984 à l'âge de 4 ans. "Ce qui est assez frappant, c'est la vitesse avec laquelle cette flamme se rallume", explique Christophe Hondelatte, journaliste spécialisé dans les affaires criminelles et judiciaires.

"Les Français se sont identifiés à cette affaire". "Je crois que cette affaire est emprunte de déraison depuis le début à cause de la première photo prise de Grégory", continue celui qui présente chaque jour sur Europe 1 l'émission Hondelatte raconte. Ce cliché, capturé par un photographe de La Liberté de l'Est (ancien quotidien régional, ndlr), montre un pompier, sur les bords de la Vologne, tenant l'enfant dans ses bras alors que le corps de celui-ci vient d'être repêché. "On voit clairement les liens qui tiennent les bras et les jambes de Grégory, le petit bonnet rabattu sur la tête… Je pense qu'il n'y a jamais eu de photo aussi touchante, aussi émouvante dans l'histoire des crimes, et je crois que c'est en raison de cette photo que les Français se sont identifiés à cette affaire et qu'on est rentré dans la déraison depuis", estime Christophe Hondelatte.

Entendu sur Europe 1
Cette affaire est emprunte de déraison depuis le début à cause de la première photo prise de Grégory

"Tout le monde s'est tout permis dans cette affaire". Si l'affaire a tant marqué, c'est aussi parce qu'elle a été un naufrage judiciaire et médiatique. "Tout le monde s'est tout permis dans cette affaire, d'abord de dire que l'assassin était Bernard Laroche (cousin germain du père de Grégory, ndlr), puis que c'était forcément Christine Villemin (la mère de l'enfant, ndlr), avec ce passage surréaliste qu'il faut rappeler : Libération envoie Marguerite Duras à Lépanges-sur-Vologne. Elle ne voit pas la mère Villemin, elle ne rentre pas dans la maison de la mère Villemin… Elle se pose devant, elle boit sans doute une ou deux bouteilles de whisky pour se donner du courage et elle dit  : 'Dès que je vois la maison, je crie que le crime a existé', 'sublime, forcément sublime Christine V.', sous-entendu : c'est la mère qui a tué son fils mais elle reste 'sublime' dans le crime, ce qui est une ignominie. Et depuis, ça ne s'est jamais arrêté", rappelle le journaliste.

Entendu sur Europe 1
À chaque fois qu'on pense avoir trouvé sous le quart du début d'un timbre, un tout petit peu d'ADN, l'irraisonnable rejaillit

Trois personnes en garde à vue. "Et à chaque fois qu'on pense avoir trouvé sous le quart du début d'un timbre, un tout petit peu d'ADN, l'irraisonnable rejaillit dans cette affaire", observe encore Christophe Hondelatte. Mercredi matin, Marcel Jacob, l'oncle de Jean-Marie Villemin (le père de l'enfant) et sa femme Jacqueline ont été interpellés dans les Vosges. Une belle-sœur du père, Ginette Villemin, a elle aussi été arrêtée. Tous les trois ont été placés en garde à vue et transférés à Dijon. Les grands-parents du petit garçon, Monique - dont l'état de santé ne permettait pas une garde à vue - et Albert Villemin, ont pour leur part été entendus en audition libre.

"Ne pas rajouter de déraison à la déraison". Ces interpellations "ont pour but d'éclaircir certains points et d'apporter des réponses à des questions posées, parfois de longue date, par des zones d'ombre de la procédure", a relevé dans un communiqué Jean-Jacques Bosc, le procureur général de la cour d'appel de Dijon, en charge du dossier. Mais selon Christophe Hondelatte, "s'ils ne disent rien de plus en 2017 que ce qu'ils ont dit en 1984, on leur dira 'au revoir' demain midi (jeudi midi) à l'issue de leur garde à vue". Et le journaliste d'appeler les médias à "une sagesse sans nom pour ne pas rajouter de déraison à la déraison qui marque cette affaire depuis si longtemps".