Christine Lagarde : "Je n'ai pas l'intention de me taire"

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Christine Lagarde : "Je n'ai pas l'intention de me taire"
Christine Lagarde à l'ouverture de son procès@ Martin BUREAU / AFP
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L'ancienne ministre de l'Economie et des Finances de Nicolas Sarkozy est poursuivie pour "négligences" dans le dossier de l'arbitrage Adidas-Crédit Lyonnais. Elle encourt un an de prison et 15.000 euros d'amende.

"Je n’ai pas l’intention de me taire." D’emblée, Christine Lagarde donne le ton. L’ancienne ministre de l’Economie et des Finances ne compte pas être spectatrice de son propre procès. Elle comparaît devant la Cour de Justice de la République (CJR), chargée de juger les crimes et délits commis par des ministres dans l’exercice de leur fonction, jusqu'au 20 décembre pour de présumées "négligences" dans l'affaire Tapie. L'actuelle patronne du FMI encourt un an de prison et 15.000 euros d’amende.

La justice lui reproche d’avoir opté en 2007 pour un arbitrage privé au détriment de la justice ordinaire dans le conflit entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais sur la revente en 1994 d’Adidas. Une décision prise, selon les juges d’instruction, "dans la précipitation, sans examen approfondi du dossier, sans consultation de la direction juridique du ministère". L’année suivante, l’homme d’affaires s’était vu octroyer quelque 404 millions d’euros. Malgré cette somme astronomique, Christine Lagarde n’avait pas opposé de recours. Et ce, contre l’avis de ses services. L'arbitrage avait finalement été annulé en 2015 au civil, avec obligation pour Bernard Tapie de rembourser. 

"J’ai agi en conscience." Longuement interrogée dans l’après-midi, Christine Lagarde, vêtue d’un élégant tailleur gris foncé rehaussé d’un foulard multicolore, a reconnu avoir "peut-être" été abusée mais nie toute forme de négligence. "J’ai agi en conscience et en confiance avec pour seul objectif l’intérêt général", a-t-elle déclaré. Une note de Bercy pointait pourtant les risques majeurs d’avoir recours à un arbitrage dans ce dossier. "Je reçois 8.000 ou 9.000 notes par an rien que du Trésor." Elle fait donc "confiance" à ses collaborateurs, notamment son directeur de cabinet Stéphane Richard, pour faire le tri. Ce dernier doit être entendu mercredi.

"Cette histoire d'arbitrage n'est pas une priorité" à l'époque, confie-t-elle. A la barre, Christine Lagarde se décrit en ministre préoccupée par les grandes questions "macroéconomiques" et "internationales", confrontée aux débuts d'une crise financière majeure, à la tête d'un ministère "gigantesque".

Patrick Maisonneuve, l’avocat de l’ancienne ministre, espérait obtenir un report du procès. "Madame Lagarde est poursuivie pour négligences ayant permis un détournement de fonds publics or, il se trouve que ce détournement n'est pas établi", avait déclaré dans la matinée le conseil au micro d’Europe 1. La procédure de la CJR se heurte en effet à celle, distincte, de la justice "ordinaire". L’instruction dans ce volet est toujours en cours. Six personnes, dont l’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde ont d’ores et déjà été mises en examen. Il est poursuivi pour escroquerie et complicité de détournement. La cour a finalement décidé de joindre la question au fond du dossier.