Au tribunal, l'agriculteur jugé pour avoir aidé des migrants revendique son action

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Au tribunal, l'agriculteur jugé pour avoir aidé des migrants revendique son action
Cédric Herrou s'est exprimé devant les médias avant l'ouverture de son procès, mercredi. @ VALERY HACHE / AFP
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Lors de son procès, mercredi, Cédric Herrou, qui encourt jusqu'à 5 ans de prison et 30.000 euros d'amende, a expliqué continuer à aider les étrangers en situation irrégulière "parce qu'il faut le faire". 

Le procureur Jean-Michel Prêtre a requis mercredi, à l'encontre de Cédric Herrou, agriculteur jugé pour avoir aidé des migrants près de la frontière franco-italienne, où il réside, huit mois d'emprisonnement avec sursis, mise à l'épreuve et la confiscation de son véhicule, ainsi qu'un usage limité de son permis de conduire aux besoins de sa profession.

"Même si vous me condamnez, le problème continuera", a assuré Cédric Herrou lors de son procès à Nice. Jugé pour avoir aidé des migrants près de la frontière franco-italienne, où il réside, le producteur, qui encourt 5 ans de prison et jusqu'à 30.000 euros d'amende, a revendiqué son action devant la justice. "Je le fais parce qu'il y a des gens qui ont un problème, je le fais parce qu'il faut le faire. Il y a des gens qui sont morts sur l'autoroute, il y a des gens qui souffrent, il y a un Etat qui a mis des frontières en place et qui n'en gère absolument pas les conséquences", a-t-il martelé. 

"J'ai trois mineurs hébergés chez moi". Cédric Herrou, poursuivi pour avoir facilité le séjour et le transport d'étrangers en situation irrégulière, et pour avoir installé, sans autorisation, une cinquantaine de migrants dans un camp de vacances SNCF désaffecté, a reconnu que les procédures n'avaient pas mis de coup d'arrêt à ses actions. "Nous avons une trentaine de mineurs hébergés à Saorge chez des particuliers, et j'ai moi-même trois mineurs hébergés chez moi, et des mineurs aussi", a-t-il déclaré. L'agriculteur réside dans la vallée de la Roya, où de nombreux migrants tentent de franchir la frontière par n'importe quel chemin, particulièrement depuis le rétablissement des contrôles aux frontières, après les attentats du 13-Novembre 2015

"Je les emmenais à la gare d'Antibes". Le producteur est également revenu sur les conditions dans lesquelles il avait commencé à venir en aide à ces migrants, expliquant qu'il n'était, auparavant, pas militant de cette cause. "Au départ, je voyais des gens marcher sur la route, des Noirs, alors je les emmenais à la gare de Breil-sur-Roya. Et petit à petit, je me suis intéressé au problème", a-t-il raconté. "Après les attentats, la frontière s'est encore resserrée mais il y avait de plus en plus de migrants qui venaient dans la vallée. Après, comme à la gare de Breil il y avait des contrôles, je les emmenais à la gare d'Antibes. Et puis s'est mis en place un réseau citoyen." 

Comité de soutien. Ce réseau, rassemblé au sein du collectif "Roya citoyenne", est à l'origine de la décision d'occuper l'ancienne colonie de vacances, évacuée au bout de trois jours. "Le lieu est ouvert et ne prenait pas l'eau", a justifié l'agriculteur. Devant les marches du palais de justice, environ 300 personnes étaient réunies dans le calme, pour soutenir Cédric Herrou. Certaines portaient des banderoles "Les frontières sont les cicatrices de la Terre", et "Tous solidaires". 

Dans un cas similaire, six mois de prison avec sursis ont été requis le 23 novembre à Nice, contre un enseignant-chercheur du CNRS poursuivi pour avoir convoyé des Erythréennes venues d'Italie. Le jugement a été mis en délibéré au 6 janvier.