Dans ces collèges, les couleurs ont remplacé les notes

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Dans ces collèges, les couleurs ont remplacé les notes
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TOUR D'HORIZON - La ministre de l'Education est favorable à une évaluation qui "encourage" les élèves. Certains collèges expérimentent déjà ce système. 

Vendredi dernier, Najat Vallaud-Belkacem a visité un collège adepte de l’évaluation sans notes. Dans cet établissement de Vic-Fezensac, les élèves se voient attribuer des couleurs (du vert au rouge) en fonction des compétences acquises. 

Signe que le débat sur la notation est ouvert rue de Grenelle, la ministre a souligné que l'évaluation actuelle "ne reposait sur aucun fondement scientifique". Rejetant "un procès d'intention en laxisme", la ministre avait déjà souhaité en octobre que la nouvelle évaluation "encourage" les élèves "à apprendre et à progresser".

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Plusieurs collèges en France expérimentent déjà, depuis des années, l'évaluation sans notes. Dans ces établissements, les 7/20 et les 16/20 ont été remplacés par une évaluation des compétences grâce à un code couleur (de vert à rouge). Pour quels résultats ? Retour d'expérience de trois chefs d'établissements.

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© CAPTURE/COLLÈGE BEAUMONT

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© CAPTURE/COLLÈGE BEAUMONT

Collège Beaumont, à Redon en Ille-et-Vilaine : la fin de "l'addiction aux notes"

"On a procédé par matière car il y a des disciplines qui s'y prêtent plus que d'autres", explique Philippe Beuchot, le proviseur du collège. Dans l'établissement, les 6e sont évalués par acquis de compétences pour les sciences et vie de la terre (SVT), l'histoire-géographie et le français alors que c'est seulement le cas en français pour les 5e. "On est dans une logique de montée en puissance", précise le proviseur, ravi d'avoir tourné la page de "l'addiction aux notes". Pour lui, l'évaluation par couleurs permet davantage de "subtilité".

"Avoir un 12,5/20, cela ne veut rien dire", estime t-il en faisant valoir que le système des couleurs valorise la persévérance. D'après lui, les résultats sont là, en langue notamment : "le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) estime qu'il faut que les élèves atteignent le niveau A2 à la fin de la 3e et nous avons noté des améliorations avec davantage d'élèves qui valident carrément le B1".

Car l'évaluation va de pair avec d'autres méthodes pédagogiques : "en langue, par exemple, les enfants ne travaillent pas de la même manière, ils échangent plus, sur l'actualité par exemple", souligne le proviseur. Et les familles ? "Dans l'ensemble, les réactions sont bonnes, même si certains râlent de ne pas pouvoir comparer les notes de leur fils avec celles du voisin".

Collège Aliénor-d'Aquitaine à Château-d'Oléron en Charente-Maritime : "donner de l'appétence à tous les élèves"

Dans ce collège-ci, le choix a été fait de pratiquer l'évaluation sans notes pour les 6e dans toutes les matières il y a huit ans. "'L'année prochaine, on étendra cela aux 5e", précise la directrice de l'établissement Isabelle Guillaumin, qui souligne "l'énorme travail" de l'équipe pédagogique de l'établissement.

Le mérite à ses yeux de l'évaluation sans notes qui se traduit notamment par un bulletin trimestriel à base de couleurs ? "Donner de l'appétence à tous les élèves quel que soit leur niveau", souligne-t-elle en pointant que, depuis, il n'y a plus de redoublement dans les classes concernées.

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Collège de Lencloître dans la Vienne : "on a dépassé le stade de l'expérience"

"Depuis 2009, les élèves de 6e et de 5e du collège sont évalués par un code couleur et on est très satisfait", se félicite Bruno Quintard, principal du collège. La différence avec la notation classique ? "On évalue ce que l'élève sait faire alors que les notes sanctionnent ce que les élèves ne savent pas faire", juge-t-il.

"Les bons élèves et leurs familles n'en ont souvent que pour les notes mais en décortiquant les compétences, le système montre aux élèves plus faibles qu'ils savent toujours au moins faire quelque chose", explique-t-il. Quant aux profs, c'est devenu une vraie envie et un besoin pour eux : "en 3e et 4e, d'ailleurs, ils pratiquent la double évaluation alors que cela leur demande plus de travail".

Soutenu par la Fédération des conseils de parents d’élèves, Bruno Quintard aimerait toutefois aller plus loin : "on a dépassé le stade de l'expérience, ce que l'on espère c'est une uniformisation des pratiques au niveau national."