Burkini : "cette crispation est un mauvais signe que donne la France à Daech"

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Pour Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, invité d'Europe 1, "il y a autant de foulards que de musulmans, il y a autant de sens de pratiques que de fidèles."

INTERVIEW

Le burkini continue de cristalliser le débat alors que le conseil d'Etat doit se prononcer vendredi après-midi sur la légalité de cette tenue de bain couvrante. Pour Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, invité vendredi sur Europe 1, "ce qui est gênant ce sont les termes et le climat dans lequel se déroule ce débat". "On ne va pas émanciper les gens par des interdictions dès qu'il s'agit de l'islam. Ce n'est pas comme cela que l'on doit procéder mais par le dialogue, par l'éducation. Il faut interroger les gens concernés. Il y a autant de foulards que de musulmans, il y a autant de sens de pratiques que de fidèles."

"Une République frileuse". Selon lui, la France donne ainsi l'image "d'une république frileuse et fragile. Apeurée." "Cette crispation est un mauvais signe que donne la France à Daech. Cela va dans le sens d'une trahison des valeurs de la République. Une laïcité qui est capable de digérer dans son économie philosophique les perceptions confessionnelles à condition que ces comportements ne troublent pas l'ordre public."

"Braquer les musulmans les plus assimilés". "Il y a beaucoup de gens qui veulent défendre les valeurs de la République. Mais ils sont en train d'étouffer les valeurs, au lieu de donner une grande ampleur, une grande largesse". Pour l'imam de Bordeaux, il faut "être ferme, bien sûr", mais interdire automatiquement toute liberté, "surtout quand elle concerne l'islam risque de braquer les musulmans les plus assimilés. "

"L'islam a toujours su s'acculturer". Quant à ce que dit le Coran à ce sujet  w ? "Il n'entre pas dans les détails. Il lance des principes, comme la pudeur. Le Coran ne définit pas une mode stylistique", pointe Tareq Oubrou. "L'islam est une religion universelle qui a toujours su s'acculturer donc pourquoi pas continuer dans cet élan" d'adaptation à la culture. Chacun détermine son propre rapport à son propre corps. On n'a pas à rentrer dans l'intimité des gens".