Brusque changement de températures : quel impact sur les cultures ?

  • A
  • A
Brusque changement de températures : quel impact sur les cultures ?
Dans la région nantaise, des gelées ont été observées dans les cultures de muguet depuis plusieurs jours.@ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
Partagez sur :

Il y a quelques jours, on avoisinait les 20 degrés sur la majeure partie de l'Hexagone. Désormais, on dépasse difficilement les 10 degrés. Les producteurs de fruits, fleurs ou encore de vin s'organisent.

Des terrasses de café bondées, des chanceux en vacances qui prennent leur premier bain de mer, les vêtements légers brusquement ressortis des placards... La semaine dernière nous a donné un avant-goût d'été. Et puis, le froid quasi-hivernal est revenu. Un changement soudain de températures auquel les producteurs de fleurs, de vin, de fruits et de légumes ont dû faire face, avec plus ou moins de sérénité selon les cultures. 

La crainte de gelées tardives. La douceur des dernières semaines avait été "plutôt bénéfique" pour Jean-François Bon, producteur de melons à Saint-Germain-de-Marencennes, en Charente-Maritime. "Cela nous a permis de travailler dans de bonnes conditions. Et de fait, la saison s'annonce précoce", se réjouit-il. Toutefois, ce producteur de melons depuis 1992 sait qu’il faut rester prudent. "Avec ce changement brutal de températures, on a un risque de gel. Les cultures sont couvertes, mais ces protections - installées jusqu'à mi-mai, puis retirées pour que les melons se gorgent de soleil - ne sont efficaces que jusqu'à -2 ou -3 degrés. Au-delà, il peut y avoir de sérieux dégâts", indique-t-il.

L'an dernier, certaines cultures avaient été endommagées du fait de gelées tardives, fin avril. Chez Jean-François Bon, trois hectares de melons avaient carrément dû être déplantés et remplacés. "Un manque à gagner de 15.000 à 20.000 euros", déplore le producteur. "Ça demeure assez exceptionnel, Dieu merci. Au cours des 25 dernières années, on n'a pas connu beaucoup d'épisodes de fortes gelées", se rassure-t-il. 

"Comme on était en avance, ça se régule". En Alsace aussi, les températures ont brusquement dégringolé. "On avait 24-25 degrés, et là, il tombe de la neige fondante", constate Pascal Joblot, viticulteur et propriétaire du domaine Brobecker, à Eguisheim, dans le Haut-Rhin. "Pour l'instant, on n'a pas eu de grosses gelées, juste une toute petite. Ça a bloqué l'évolution de la végétation, mais ça n'a pas de conséquences. C'est habituel", assure-t-il. C'est pourtant avec un œil un peu inquiet que Pascal Joblot, dans le métier depuis 17 ans, scrute le thermomètre. "Si jamais il devait y avoir des gelées matinales, cela risquerait d'être très compliqué pour nous", glisse-t-il. Pour l'heure, ce retour du froid vient compenser dans les vignes une chaleur parfois excessive pour la saison. "Comme on était en avance, ça se régule. La nature est bien faite", sourit Pascal Joblot.

Le muguet était en avance. Même constat chez les producteurs de muguet. "On a eu un développement des cultures, fin mars-début avril, qui a été excessivement rapide, dû à la douceur du moment et à un hiver normal, avec des températures froides. Cela a permis de 'lever la dormance' du muguet, c'est-à-dire de le sortir de l'état végétatif dans lequel il se trouve le reste de l'année. Le muguet est parti sur les chapeaux de roue, avec une bonne dizaine de jours d'avance", constate Patrick Verron, conseiller technique sur la culture de muguet au sein comité départemental de développement maraîcher (CDDM), en Loire-Atlantique. Bien que toujours ensoleillée, la météo s'est faite plus fraîche et les vents ont tourné. Dans la région nantaise, des gelées ont été observées depuis plusieurs jours. "Cela a permis de ralentir le développement du muguet", précise Patrick Verron.

De bonnes techniques de conservation. Les cueillettes ont tout de même commencé avec quatre à cinq jours d'avance. Mais les producteurs manient très bien l'art de la conservation du muguet, stocké en chambre froide, ce qui permet de garantir une excellente fraîcheur pour le 1er mai. "On a retenu les expériences de 2011, une année extrêmement précoce, avec des températures de jour entre 25 et 28 degrés au mois d'avril. C'était hallucinant. Là, il y avait eu beaucoup de casse. Les producteurs savent aujourd'hui comment gérer ce genre de situation", explique Patrick Verron. "Sur les cultures où on utilise des techniques de maraîcher, on va ombrer ou désombrer le muguet. En 2017, il a passé le plus clair de son temps à l'ombre, pour ralentir son développement. Ça permet d'avoir des brins de très bonne longueur, 30-35 cm de long, des clochettes bien blanches et très odorantes", précise le spécialiste.

Aujourd'hui, Patrick Verron se réjouit de ces "super conditions de récolte". "De 7h à 12h, on met une petite laine mais il fait beau et sec, c'est agréable pour les équipes. Tous les compteurs sont au vert". Le millésime 2017, bien que précoce, s'annonce d'excellente qualité.