Bonbonnes de gaz à Notre-Dame : quel est le rôle des femmes dans Daech ?

  • A
  • A
Bonbonnes de gaz à Notre-Dame : quel est le rôle des femmes dans Daech ?
@ GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Partagez sur :

Cinq des sept personnes actuellement entendues dans l’enquête sur les bonbonnes de gaz retrouvées devant Notre Dame sont des femmes.

Son père avait peur qu’elle ne rallie la Syrie. C’est finalement au pied d’un immeuble de Boussy-Saint-Antoine, dans l'Essonne, qu’Inès M., 19 ans, a été interpellée, avec deux complices présumées, Sarah H., 23 ans, et Armelle S., 39 ans. Décrite comme "particulièrement radicalisée", la jeune femme, fichée S, est soupçonnée d’avoir tenté de faire exploser, aux abords de Notre-Dame de Paris, une Peugeot 607 remplie de bonbonnes de gaz. "Un commando terroriste de jeunes femmes, complètement réceptives à l’idéologie de Daech, a été démantelé", s'est félicité vendredi soir, François Molins, dans une courte allocution.

L’interpellation a pourtant failli tourner au drame. Jeudi soir, alors que des policiers de la DGSI s’apprêtent à intervenir, Sarah H., également fichée S, fonce en courant vers l’un des agents, un couteau de cuisine à la main, aux cris d’"Allah Akbar". La lame, d’une vingtaine de centimètres, le blesse à l’épaule. Elle parvient à s’enfuir avant d’être rapidement rattrapée. Inès tente à son tour d’agresser le policier. Ses collègues ripostent et la blessent à la jambe.

L'EI "utilise des hommes, mais aussi des femmes, de jeunes femmes qui font connaissance et nouent leur projet de manière virtuelle", a ajouté le procureur de la République. Deux autres femmes, sur les sept suspects interpellés dans cette enquête, sont actuellement entendues. La première, Ornella , âgée de 29 ans et fichée S a été arrêtée mardi dans le Vaucluse. Ses empreintes ont été retrouvées dans la voiture. La seconde, "mineure de moins de 16 ans", est la fille d’Armelle S. 

Assurer la pérennité de l’Etat islamique. Dans l’idéologie de l’Etat islamique, les femmes ne sont pourtant pas considérées comme des combattantes. Ce ne sont pas elles qui sont visées dans les nombreux appels à commettre des attentats diffusés par l’organisation terroriste : prendre les armes est traditionnellement une affaire d’hommes. Conformément à l’idéologie conservatrice du mouvement, leur rôle est avant tout de se marier à des soldats et de leur donner des enfants qui  seront, à leur tour, soldats. "Les hommes sont de la chair à canon, tandis que les femmes sont supposées apporter de la pérennité au califat en enfantant les "lionceaux"", résume Matthieu Suc, auteur de Femmes de djihadistes. Elles sont également chargées de recruter, notamment via les réseaux sociaux, d’autres "sœurs" qui deviendront ensuite des épouses. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, sur les 689 Français actuellement en Syrie et en Irak, 270 sont des femmes.  

Entendu sur Europe 1
Les femmes ont envie d’être actrices de leur propre djihad

Pour autant, rappelle Florence Gaub, chercheuse à l'Institut européen d'études de sécurité et spécialiste de la question, si elles ne sont pas perçues comme "opérationnelles", leur radicalisation et leur soutien à l’Etat islamique sont total. "Notre vision du monde nous joue des tours. On a souvent tendance à penser que les femmes sont plus douces, qu’elles donnent la vie et ne sont donc pas capables de la reprendre." La photo d’Hayat Boumeddienne, veuve d’Amedy Coulibaly, le djihadiste de l’Hyper Cacher avait choqué les esprits. On la voit, posant telle une guerrière entièrement voilée, s’entraîner au tir à l’arbalète. "Si les femmes ont pu d’abord sembler confiner à des tâches familiales et domestiques par l’organisation terroriste, force est de constater que cette vision est complètement dépassée", a reconnu François Molins lors de son allocution.

Rôle logistique. Elles ont progressivement été mobilisées sur des missions de logistique. Faciliter la communication, faire du repérage sur les lieux ou aider à se procurer du matériel. Un changement qui s’explique notamment par un principe de réalisme. "Les hommes sont beaucoup plus surveillés, ils sont plus écoutés par les services secrets, ils passent plus difficilement les frontières et ont donc plus de difficultés à commettre des attentats", indique la chercheuse Florence Gaub. Lors des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, considéré comme le logisticien de l’attaque, a ainsi chargé sa cousine Hasna Aït Boulahcen, de lui trouver une planque après l’attaque. La jeune femme de 26 ans a été tuée lors de l’assaut du lendemain en même temps que les deux terroristes des "terrasses". "Les femmes, notamment quand elles sont très jeunes, ont envie d’être actrices de leur propre histoire et de leur propre djihad", assure Matthieu Suc.

Le démantèlement de cette cellule est-elle le signe qu’une nouvelle étape a été franchie ? Désormais, les femmes ne sont plus en soutien, mais au cœur même de l’action armée. "Le passage à l’acte par des jeunes filles téléguidées par des individus se trouvant en Syrie, dans les rangs de l’organisation terroriste Daech, démontre que cette organisation entend faire des femmes des combattantes", constate François Molins. Ce commando féminin était, semble-t-il, piloté depuis la zone irako-syrienne par Rachid Kassim, également soupçonné d’être derrière l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray. L’information n’a pas été confirmée par le parquet. Au total, 59 femmes revenant de Syrie ont été mises en examen pour des faits de terrorisme et 18 d’entre elles sont actuellement détenues.