Bac philo : être libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?

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Bac philo : être libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?
Le philosophe Raphaël Enthoven @ DR
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Chaque vendredi jusqu'aux épreuves, Raphaël Enthoven se penche sur Europe 1 sur un sujet de philosophie en lien avec l'actualité. Cette semaine, il est question de police et de manifestants.

C'est la première épreuve du bac, et aussi l'une des plus redoutées par les lycéens. Pour être prêt le jour de la philosophie, il ne suffit pas de maîtriser la méthode. Le philosophe Raphaël Enthoven recommande également de se pencher sur les raisonnements des sujets des années précédentes et auxquels l'actualité donne une résonance particulière. Cette semaine : "être libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?", tombé en 2005.

Les manifestants, libres ? Sur ce sujet, l'accroche d'actualité est toute trouvée : "Les récentes manifestations anti-flics étaient vécues par les manifestants comme des exercices de liberté contre l'obstacle de la violence policière", explique Raphaël Enthoven. "Mais les manifestants auraient-ils été plus libres s'ils n'avaient pas rencontré la police sur leur chemin ?", poursuit le philosophe, amenant la problématique : "Si être libre c'est ne rencontrer aucun obstacle, alors la liberté ne dépendrait pas de soi ?"

Dans une première partie, Raphaël Enthoven montre que si la liberté, au sens du libre-arbitre, consiste à ne rencontrer aucun obstacle, alors elle est introuvable : "Aucune volonté n'est plus forte que les obstacles qui s'imposent à elle", précise-t-il. Tout au mieux peut-on alors espérer une liberté provisoire, reposant sur une bonne fortune temporaire. En guise de transition, le philosophe propose de redéfinir le concept de liberté.

Vouloir ce que l'on fait. Raphaël Enthoven cite alors l'exemple de l'esclave Epictète, qui, pour avoir démontré à son maître qu'il était plus libre que lui, fut condamné à avoir la jambe brisée dans une roue. "Comme il n'avait pas le choix, il l'accepta et prouva par cette acceptation qu'il était plus libre que son maître, pourtant libre de ses mouvements", détaille le philosophe. La liberté n'est donc plus envisagée comme la possibilité de faire ce que l'on veut, mais celle de vouloir ce que l'on fait. Cela veut-il dire que l'on peut réduire ce concept à la passivité de l'acceptation ?

Pour la dernière partie de son raisonnement, Raphaël Enthoven fait référence à Sartre, qui affirmait que nous avons jamais été aussi libres que sous l'occupation allemande, et aux artistes, qui ne se sentent jamais aussi libres que lorsqu'ils obéissent à leur inspiration. La preuve, pour le philosophe, que la liberté est affaire de consentement. C'est la conclusion proposée aux futurs bacheliers : qu'on l'emporte ou non sur les obstacles, il suffit pour être libre de se battre.


Qu’on l’emporte ou non sur les obstacles, il...par Europe1fr