Bac 2016 : quels philosophes placer dans sa copie ?

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Bac 2016 : quels philosophes placer dans sa copie ?
@ FREDERICK FLORIN / AFP
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MÉTHODOLOGIE - Outre Nietzsche ou Aristote, peut-on étayer sa copie avec des références personnelles récentes ?

BAC

Platon, Kant, Hegel, ou Freud... ces noms vous parlent plus ou moins mais vous ne savez pas bien comment et quand les placer dans votre copie de philo. Pas de panique, le correcteur n'attend pas de vous un morne catalogue de philosophes mais une copie vivante et réactive. Europe 1 a compilé pour vous quelques réflexes possible, en fonction des notions au programme, et a demandé son avis à Isabelle, professeure de philo en Alsace. 

LA RAISON

(Théorie, démonstration, interprétation, vérité)

  • Nietzsche. "Y-a-t-il des vérités indiscutables ?" se sont demandés il y a quelques semaines les bacheliers de Pondichéry, qui passent leur bac en avance. Dans Ainsi parlait Zarathoustra (1883), Nietzsche fait dire à un fou que "Dieu est mort". Le destin de ce "Zarathoustra" est de ne pas être cru, car pour les autres personnages de ce poème philosophique, l'existence de dieu est une vérité indiscutable. 

  • Une référence à l'actu : Zlatan. En intro ou en conclusion, piochez dans vos passions pour illustrer votre pensée. Quand Zlatan Ibrahimovic tweete "je suis venu comme un roi, je repars comme une légende", s'agit-il d'une vérité indiscutable ? "Une référence à l'actualité sera bienvenue en conclusion ou en ouverture, car elle montrera votre pertinence à relever la persistance de la question posée jusqu'à ce jour", confirme Isabelle.

  • A éviter : Faire référence aux dessins animés de votre enfance est une mauvaise idée, estime l'enseignante. Exemple à ne pas reproduire : "Comme dit Balou, il en faut peu pour être heureux". Les références personnelles sont à manipuler avec précaution car "les profs de Philo sont assez allergiques à l'actualité et lui préfèrent les références historiques", souligne Isabelle.

LA CULTURE 

(Langage, art, travail et technique, religion, histoire)

  • Hegel. Dans L'Esthétique (1818-1829), Fiedrich Hegel réfléchit à la culture. Il distingue ce qui naît de la terre, et ce qui naît des mains ou de l'esprit de l'homme. Pour lui, "l’Art est ce qui révèle à la conscience la vérité sous forme sensible", et permet de comprendre le monde autrement. Placer (à bon escient) Hegel dans une copie sur la culture ne peut que vous apporter des points.

  • Une référence à l'actu : Booba ou la Joconde. Cette année, les élèves de Pondichery ont aussi planché sur ce sujet : "Faut-il des connaissances pour apprécier une œuvre d’art ?". Ici encore, puisez dans vos références. Il n'est pas forcément nécessaire d'être amateur de rap pour apprécier une chanson de Booba, ni d'être expert en peinture italienne pour être troublé par la Joconde. Inversement, comprendre tous les sous-entendus d'une chanson du rappeur n’assure pas du tout de l’apprécier. 

  • A éviter : les références trop évidentes. "Évitez la Joconde ou Guernica, ou les œuvres au programme de votre option d'art plastiques (La Bicyclette et autres), préférez même les Tournesols de Van Gogh ou Le Radeau de la Méduse que vous connaissez aussi, ils donnent moins la nausée à vos correcteurs", glisse Isabelle.                

LA POLITIQUE

(Société, justice et droit, l’Etat)

  • Platon. L'an dernier, les séries scientifiques sont par exemple tombées sur : "La politique échappe-t-elle à l'exigence de vérité ?". Dans La République, Platon pense que la politique est une science, une vérité nécessaire au bon fonctionnement de la société. S'il s'agit de gouverner les hommes, de réguler la société, encore faut-il en avoir une certaine connaissance pour pouvoir en assurer le gouvernement. "On aurait d'ailleurs eu de mal à traiter ce sujet sans citer Machiavel en antithèse qui dit exactement le contraire: la ruse et le mensonge sont plus efficaces que la force, et comme "la fin justifie les moyens", Le Prince a tout intérêt à mentir s'il veut la Paix", ajoute Isabelle.

  • Une référence à l'actu : Beyoncé ou Martin Luther King. En prononçant 'I Have a Dream’ en 1963, Martin Luther King dénonce une politique américaine en contradiction avec ses principes fondateurs (ségrégation raciale, inégalité des droits, racisme). Il s'appuie sur des faits réels dans ce discours politique. Inversement, Beyoncé, dans son dernier album Lemonade (2016), tient un discours politique similaire, mais par le prisme de l'art et de la fiction (clip hommage à Trayvon Martin, chorégraphie en référence aux Black Panthers lors du Superbowl). Elle recourt à l’artifice de l’art (et non à l’énonciation factuelle de vérités) pour partager un message politique.

LA MORALE

(Liberté, devoir, bonheur) 

  • Kant. On pense surtout à Kant si on tombe sur un sujet sur la morale. Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), ce philosophe allemand estime que l’obligation morale ne naît qu’avec l’homme et pour l’homme. En d’autres termes, il avance qu’il n’y a pas de devoir moral strict au-delà de ce qui concerne la vie sur terre.

  • Une référence à l'actu : GTA et jeux vidéos. Dans le jeu vidéo GTA (‘Grand Theft Auto’, littéralement 'vol de voitures'), le joueur est invité à évoluer sous les traits d'un criminel. Assassinats, vengeances, car-jackings : le joueur est libre de conduire l'aventure comme il l'entend, et de flirter avec les frontières des morales et des lois auxquelles il est soumis dans le monde réel. L'exemple de ce jeu, si le candidat le connaît, est par exemple une bonne piste d'inspiration au sujet qui est tombé en 2015 pour la série littéraire : "respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ?". 

Bref, c'est votre capacité à réfléchir qui sera évaluée. "Faites donc confiance à ce que vous savez déjà", confirme Raphael Enthoven dans sa chronique quotidienne 'La morale de l’info'. "Ce qu'on note, ce qu'on évalue au bac, c'est la capacité de construire une argumentation, ou de formuler un problème pour en examiner différents aspects", explique le philosophe. En ce sens, toutes vos connaissances personnelles sont mobilisables..."tant qu'il s'agit de connaissances, et non "d'opinions", résume Isabelle.