Bac 2016 : voici les corrigés des sujets de philo en série S

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Bac 2016 : voici les corrigés des sujets de philo en série S
@ FREDERICK FLORIN / AFP
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Notions, auteurs, pièges à éviter, une professeure de philosophie fait la correction "à chaud" des dissertations de la filière scientifique.

Les élèves de Terminale S planchaient mercredi sur l’épreuve de philosophie. Au programme cette année : le travail, la vie bonne et le savoir. Que fallait-il dire pour espérer décrocher une bonne note ? Marie-Camille Beignet, professeure de philosophie au lycée Dessaignes, à Blois, joue le jeu de la correction "à chaud". 

Sujet 1 : "Travailler moins, est-ce vivre mieux ?"

  • Les notions à aborder et la problématique

"Plusieurs problèmes étaient possibles pour ce sujet. On peut en citer deux : d'abord, si le travail me prive de ma liberté, ne dois-je pas le diminuer pour accéder au bonheur ? Cela demande de réfléchir à la question de savoir s'il est en mon pouvoir de moins travailler, et aussi comment on fait pour concrètement accéder à cette 'meilleure vie', c'est-à-dire à la place qu'on laisse au travail dans notre vie, et aux conditions nous permettant d'accéder à cette vie meilleure (il y a peut-être d'autres choses que le travail). Deuxième problème possible : si je travaille moins, est-ce que je ne vais pas perdre la condition qui me permettait d'obtenir des choses qui auraient pu me rendre heureux ? Et si au contraire je travaille plus, aurai-je le temps de profiter de mon bonheur ?

La notion principale du sujet porte sur le travail, dont une définition minimale comme "effort produisant quelque chose" est nécessaire. Le 'vivre mieux', lui, pouvait renvoyer à la notion de bonheur au programme, et de manière plus éloignée à celle du vivant (afin de déterminer ce que serait une vie bonne, pour l'homme). Il s'agit ici d'un sujet de philosophie morale", détaille Marie-Camille Beignet.

  • Les pièges à éviter

"Le premier piège consisterait à ne pas voir que le travail implique souvent une peine, et écarter alors le fait qu'il soit légitime de moins peiner pour mieux vivre. Autre piège possible : découper le sujet en deux grandes parties, dont l'une envisage la question du 'travailler moins', et l'autre du 'qu'est-ce que mieux vivre ?'. La réduction des notions pouvait aussi être pénalisante : réduire la notion de 'vivre', à la simple survie, (et donc, ne pas se demander ce que 'vivre mieux' veut réellement dire et comment on y accède), ou celle de travail au travail salarié, ce qui ferme des pistes que le sujet aurait pu explorer", conseille notre prof.

  • Les auteurs à citer 

"On pouvait se servir de Marx, et sa critique du travail comme aliénant le salarié (c'est-à-dire le rendant en réalité esclave et le dépossédant de son humanité), de Hegel, pour qui l'esclave qui travaille va finir par dépasser le maître qui ne travaille pas, et qui propose alors une conception très positive du travail, ou bien encore d'Aristote, pour qui la vie théorétique, ou contemplative, c'est-à-dire la vie dans laquelle on ne produit pas quelque chose d'extérieur à soi-même, est la meilleure des vies. Ce ne sont pas des passages obligés, il est tout à fait possible d'avoir une très bonne note en citant d'autres auteurs", rassure-t-elle. 

  • La référence à l'actualité

"Il n'était pas spontanément utile de penser à la Loi Travail mais plutôt au slogan de campagne qu'était celui du 'travailler plus pour gagner plus', sous-entendant par là que gagner de l'argent était équivalent à mieux vivre. Ce que le sujet demandait en partie de questionner". 

 Sujet 2 : "Faut-il démontrer pour savoir ?"

  • Les notions à aborder et la problématique

"Le problème général que pose le sujet est la question de l'accès au savoir. Dans ce cas, il fallait se demander comment on y accède, c'est-à-dire de quels outils avons-nous besoin ? Y a-t-il un impératif (le 'faut-il' du sujet), qui commande de passer par une démonstration, ou d'autres pistes sont-elles possibles ? Cela demandait d'aller travailler d'autres moyens d'accès au savoir que la seule démonstration. Cela demande donc de réfléchir aux limites de la démonstration.

La notion principale est donc celle de la démonstration, dont une définition minimale comme une 'certaine procédure du raisonnement' était requise. La question du 'savoir', elle, renvoie plutôt à la notion de vérité, puisque savoir c'est 'connaître vraiment' quelque chose, et pas simplement en avoir une opinion. C'est un sujet d'épistémologie, c'est-à-dire de philosophie de la connaissance et de la science", analyse Marie-Camille Beignet.

  • Les pièges à éviter

"À nouveau, plusieurs pièges risquaient de pénaliser le candidat. Le premier consiste à découper le sujet en deux, dont la première partie traiterait la question de la démonstration, et la seconde, du savoir. Le deuxième aurait pu être de réduire les notions : le verbe 'démontrer', n'est pas équivalent à 'montrer' ou à 'prouver'. En réduisant ainsi la notion, il devenait difficile de voir où la démonstration pouvait avoir des limites pour l'accès au savoir. De même, ce qu'est le 'savoir' devait être interrogé : s'agit-il d'une connaissance scientifique, ou peut-on élargir la notion à d'autres types de vérité ? Le fait que je sais que mes parents m'aiment, ça n'a pas été démontré. Enfin, troisième piège possible, ne pas se demander comment on accède au savoir (c'est-à-dire quelle place on laisse à la démonstration)".

  • Les auteurs à citer 

"Sur ce sujet on pouvait citer Descartes, et l'idée que l'ensemble de la connaissance puisse se penser comme un arbre, dont chaque partie s'enchaîne alors de manière démonstrative. Pascal permettait quant à lui d'établir le fait que certaines vérités se 'sentent', et ne se démontrent pas, ce qu'il appelle les vérités du cœur. Enfin, plus techniquement, on pouvait aller convoquer Wittgenstein, et l'idée que ce qui n'est pas démontrable, ou plutôt logique, doit être sorti du champ scientifique, et qu'il ne faut donc pas en parler", liste Marie-Camille Beignet, tout en précisant que les candidats pouvaient bien sûr citer d'autres auteurs.

  • La référence à l'actualité

"N'importe quelle nouvelle découverte scientifique pouvait fonctionner pour renvoyer au sujet. Il s'agit de voir que, justement, ces découvertes se basent sur de nouvelles expériences, et pas forcément sur de nouvelles démonstrations (comme l'expansion plus rapide de l'Univers), ou bien que certains faits 'sortent' du savoir (ce qui permettait de relever le problème d'un savoir total, ou fini), comme l'exclusion de Pluton des planètes du système solaire".