"Avec l'affaire Baupin, on pensait la parole libérée" : des collaboratrices parlementaires se constituent en collectif pour dénoncer le sexisme

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Charlotte Soulary, membre du collectif Chair Collaboratrice et co-signataire d'une tribune dans Le Monde, exprime au micro d'Europe 1 le ras-le-bol autour de ce sujet toujours tabou.

INTERVIEW

Des regards lourds, des sous-entendus graveleux, des réflexions dégradantes, plusieurs collaboratrices de membres de l'Assemblée nationale, réunies en collectif, dénoncent le sexisme de certains d'entre eux dans une tribune publiée lundi dans Le Monde. Charlotte Soulary, membre du collectif Chair collaboratrice et co-signataire de la tribune, explique à Europe 1 pourquoi elles lancent aussi un site réunissant plusieurs témoignages.

"Avec l'affaire Baupin, on pensait la parole libérée". Malgré les scandales à répétition, comme les accusations de harcèlement et d'agressions sexuelles visant le député ex-EELV Denis Baupin, ou encore la tribune publiée l'année dernière dans Libération par une quarantaine de journalistes, le sexisme est toujours présent dans les travées de l'Assemblée nationale et du Sénat. "L'affaire Baupin a libéré la parole entre les collaboratrices", avance Charlotte Soulary, elle-même collaboratrice d'un député PS. "Mais l'impact a aussi été très négatif : on s'est rendu compte que tout le monde banalisait cette affaire et que le milieu politique n'était absolument pas choqué par ce qu'il s'était passé", se souvient-elle.

Point de départ du collectif , l' "affaire Baupin", dans laquelle huit femmes témoignent d'agressions sexuelles contre l'ancien vice-président de l'Assemblée, est celle de trop : "Il y a eu une sorte de blague qui a été à la mode pendant quelques semaines : "Je vais te baupiner", se rappelle Charlotte Soulary. "Finalement, tout cela a eu l'effet inverse de ce qu'on espérait". 

"Ma jolie". "Chair collaboratrice", c'est le nom que s'est choisi le groupe de collaboratrices, référence au "fait de se sentir comme un objet plutôt qu'une personne à part entière". "C'est "ma jolie", ou des phrases qui nous ramènent systématiquement à notre corps", poursuit la Charlotte Soulary qui admet toutefois avoir la chance de pouvoir en parler avec le député  pour lequel elle travaille. "Mais c'est loin d'être le cas pour toutes les personnes qui travaillent à l'Assemblée ou au Sénat, ou dans les collectivités territoriales ou dans les ministères", regrette t-elle.

Le site réunit déjà une vingtaine de témoignages de toute la France et utilise la bande-dessinée comme média "pour faire prendre conscience que ce n'est pas du tout normal et que ce ne sont pas des blagues".