"Aujourd’hui, c’est M. Le Pen qui est devenu un détail du Front national"

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"Aujourd’hui, c’est M. Le Pen qui est devenu un détail du Front national"
Jean-Marie Le Pen conteste son exclusion du FN
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Jean-Marie Le Pen contestait mercredi devant le tribunal de grande instance de Nanterre, son exclusion du Front National. La décision a été mise en délibéré au 17 novembre.

DANS LA SALLE D'AUDIENCE

5 octobre 1972, dans les locaux de la Mutualité. Jean-Marie Le Pen, figure encore relativement méconnue du grand public, inaugure son nouveau parti, le Front National. Imaginait-il que sa formation politique serait, quarante-quatre ans plus tard, au pied de l’Elysée ? Et qu’il fêterait cet anniversaire devant le tribunal de grande instance de Nanterre pour contester son exclusion de sa propre formation politique ? Une énième provocation sur les chambres à gaz et sur le maréchal Pétain ont poussé, en août 2015, les instances dirigeantes à évincer le président d’honneur, âgé de 88 ans. De cette audience, Jean-Marie Le Pen n’attend qu’une chose. "La victoire, celle de la justice", a-t-il confié à son arrivée au tribunal, vêtu d’une élégante veste bleue et d'un pantalon beige. La décision a été mise en délibéré au 17 novembre.

Par la voix de son avocat, le "patriarche" a dénoncé un assassinat politique orchestré par sa fille. "Il fallait l’exclure coûte que coûte. Si ça n’avait pas été le maréchal Pétain ou le détail, ils auraient trouvé autre chose", a assuré à la barre Me Frédéric Joachim, rappelant que jusqu’à l’année dernière, ses propos, même les plus polémiques, n’avaient jamais posé de réels problèmes au parti. Oui, mais voilà, ces ultimes provocations interviennent au moment où le FN est en pleine campagne de "dédiabolisation" afin d’être enfin perçu comme un parti de pouvoir. Un changement de cap radical dans la stratégie du parti. "Il s’agit d’un parricide, évidemment, mais pas seulement. Il y a surtout une exécution politique", a dénoncé le conseil dans sa plaidoirie, invoquant, pèle-mêle, les grands dramaturges grecs et le roman à succès Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis.

Elle n’a pas le courage de le supprimer elle-même

A ses yeux, la tragédie - on y voit plutôt une tragi-comédie - s’est déroulée "en trois actes". En mai 2015, Jean-Marie Le Pen, qui occupe la place de président d’honneur, est suspendu du parti. Coup de théâtre, la décision est annulée le 2 juillet par le même TGI de Nanterre. Les magistrats estiment qu’on ne peut être suspendu "sine die". Entre temps, le parti a pris la décision d’organiser un congrès par correspondance avec les adhérents pour mettre un terme à son statut de "président d’honneur". "Ce parricide que Marine Le Pen n’ose pas faire, elle va le faire porter aux adhérents. Peut-être parce qu’elle n’a pas le courage de le supprimer elle-même", assure avec lyrisme, Me Joachim. Mais dans cette histoire, les rebondissements sont aussi fréquents que dans une farce. Le 8 juillet, le juge des référés annule le congrès par correspondance. Selon lui, pour supprimer ce statut, une réunion "physique" est nécessaire. Décision confirmée en appel une vingtaine de jours plus tard.

Marine Le Pen et ses "sbires". Le dernier acte aura lieu le 20 août 2015. La plus haute instance du parti, le bureau exécutif, que son avocat surnomme ironiquement "le bureau exécuteur", l’exclut. Marine Le Pen est absente. La fille du fondateur, craignant d’être juge et partie, s’est auto-récusée. Tout comme son compagnon, Louis Alliot ou son bras droit, Florian Phillipot. Pourtant, cela n’empêche pas Me Joachim d’accuser la nouvelle présidente d’avoir "téléguidé" l’exclusion, en transmettant ses ordres à ses "sbires". "Et ça veut gouverner la France, ça ?", lance le conseil. "Ça", Marine Le Pen, donc. L'expression fait sourire Jean-Marie Le Pen. Il hoche la tête en signe d’acquiescement. 

Le fondateur du FN semble confiant. C’est vrai que si l’on compte les points, il est largement en tête. Dans cette affaire, il a gagné à trois reprises devant la justice. Le FN a, à chaque fois, été débouté. Mais l’avocat du parti ne s’avoue pas vaincu. Me Georges Sauveur réclame que l'affaire soit jugée sur le fond et non sur des questions de procédure. Il énumère les multiples condamnations dont a fait l’objet Jean-Marie Le Pen. "Ces propos constituent des motifs graves qui justifient l’exclusion". Non seulement, ces déclarations tonitruantes ont porté préjudice au parti, mais le "Menhir" a parfois mis directement en difficulté sa propre famille, aussi bien politique que de sang. Comme lorsqu’il a estimé publiquement que Marion Maréchal Le Pen n’était pas suffisamment expérimentée pour prendre la tête de la région PACA. "Aujourd’hui, c’est Mr Le Pen qui est devenu un détail du FN", a-t-il conclu. Dans cette pièce de théâtre, les dialogues comptent plus que la chute.