Attentats djihadistes : "il faut apprendre à reconnaître l'autre"

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Tout en continuant de renforcer les mesures sécuritaires, il faut changer de regard sur l'autre pour qu'il ne se sente pas délaissé par "ceux qui décident", affirme Bertrand Badie au micro d'Europe 1.

INTERVIEW

Les attentats de Barcelone et de Cambrils qui ont fait 14 morts et 126 blessés posent une nouvelle fois la question de la politique sécuritaire des pays européens. Une question qui, si elle constitue un enjeu majeur, doit être regardée sous un autre prisme : celui de la compréhension et de l'acceptation de l'autre dans un univers mondialisé, selon Bertrand Badie, professeur de relations internationales à Sciences-Po, l'invitée d'Europe 1 lundi.

Une violence "mondialisée". Pour comprendre cette multiplication d'attentats dans les pays occidentaux - la semaine a été marquée par deux attaques terroristes au couteau, une en Finlande et une autre en Russie -, il faut comprendre que "la violence internationale dans le cadre de la mondialisation n'a plus rien à voir avec la violence telle que nous la connaissions avant", analyse Bertrand Badie.

Car désormais, "il n'y a plus de violence locale. Aujourd'hui, le champ de bataille et mondial. Tout comportement de violence a la capacité de se mondialiser". Avec les moyens de communication qui se sont décuplés, "vous ne vous définissez plus par rapport à votre voisin, mais par rapport au monde. Vous vous identifiez au conflit libyen, syrien ou afghan parce que vous êtes dans une situation de détresse sociale", détaille le spécialiste.

"Apprendre à vivre dans un monde global". Pour répondre à ce nouveau type de conflit, "il faut (...) une gouvernance globale" et non État par État comme semblent l'envisager les pays occidentaux aujourd'hui. "Le problème c'est d'apprendre à vivre dans un monde global dans lequel il n'y a pas ceux qui règlent [les pays occidentaux], ceux qui organisent et puis ceux qui subissent." Car selon Bertrand Badie, c'est sur cette conception d'un monde scindé en deux que s'appuient "ceux qui prônent la violence". "Leur rhétorique est toujours la même : cette volonté des croisés, cette volonté de domination du monde..."

"Il faut apprendre l'altérité". C'est par ce biais qu'ils parviendraient à mobiliser autour de l'islam. "L'un des malheurs de la mondialisation, c'est que l'islam est devenu une sorte d'emblème pour tous ceux qui se sentent victimes de cette mondialisation, qui ne se sentent pas intégrés. Il faut apprendre l'altérité, il faut apprendre à reconnaître l'autre et à lui donner un statut qui ne soit pas celui, post-colonial, de l'inférieur."

Pour inverser cette tendance, "il faut changer nos politiques étrangères, il faut changer notre regard sur la mondialisation. Il faut apprendre à se comporter dans un monde mondialisé", prône le professeur de relations internationales.