Après quatre ans de travaux, la prison de la Santé rouvre ses portes

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AVANT/APRES - La prison de la Santé va de nouveau accueillir ses premiers détenus cet automne après de longs travaux. Destinée à rendre les conditions de détention moins dégradantes, cette réhabilitation intègre aussi des systèmes de pointe pour éviter les évasions.

REPORTAGE

Redoine Faid aurait-il pu s'évader s'il avait été incarcéré à la prison de la Santé au lieu de celle de Réau ? La maison d'arrêt parisienne, qui s'apprête à rouvrir après quatre ans de travaux, a en tout cas été pensée pour éviter ce type d'incident. Il faut dire que l'établissement avait connu lui aussi une évasion rocambolesque, avec l'échappée en hélicoptère du braqueur Michel Vaujour en 1986. La prison désormais rénovée, qui entre dans sa dernière phase d'aménagement et accueillera ses premiers détenus cet automne, intègre donc des systèmes de sécurité de pointe. Elle a aussi été pensée pour mettre fin aux conditions de détention dégradantes. Europe 1, qui s'était déjà rendu dans la prison juste avant sa fermeture, a pu la visiter après les travaux.

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Douche, toilettes et plaques chauffantes. Et le changement est flagrant : tout a été restauré en mêlant l'ancien et le moderne. La célèbre cour d'honneur avec ses murs en meulière apparente, datant de 1867 et où ont été exécutés les derniers condamnés à mort, a ainsi été conservée. Les sinistres cours dites "camemberts", basses de plafond, destinées aux promenades individuelles, ont été remplacées par des espaces plus vastes pouvant accueillir jusqu'à quarante détenus. Les cellules de 9,5 m² sont équipées de douche, de toilettes et de plaques chauffantes. Individuelles, elles seront néanmoins en partie équipées de lits superposés dès l'ouverture pour prévenir le problème de surpopulation carcérale dans cette prison qui compte désormais 839 places.

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"Préparer le retour à la société". Un quartier entier, fermé pour délabrement extrême, a été intégralement cassé et reconstruit. Et la nouvelle prison de la Santé compte neuf parloirs familiaux, quelque 2.000 m² de salles d'activités et un gymnase. Pour la directrice, Christelle Rotach, l'objectif qui a guidé les travaux était de "préparer le retour à la société et non pas d'humilier les personnes détenues par des conditions dégradantes". 

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Défis sécuritaires. Mais la sécurité a également été un enjeu prioritaire pour la conduite de la rénovation. Malgré le précédent Michel Vaujour, un évasion par les airs n'est pas le premier danger : le survol de Paris en hélicoptère est en effet interdit et très surveillé. En revanche, l'imbrication de l'établissement dans le cœur de Paris, avec des habitations qui donnent directement sur ses cours, est un véritable défi. La prison de la Santé va donc tester deux nouveautés pour éviter les évasions. D'abord, un "système élaboré qui permet de détecter les circulations dans les zones interdites" aux détenus, détaille Christelle Rotach. Puis, "le brouillage des [téléphones portables], développé de manière expérimentale".

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Brouillage et écoutes. Celui-ci, censé rendre impossible tout contact avec la détention, doit être extrêmement précis pour ne pas perturber les riverains. La pression a d'ailleurs été mise sur le prestataire chargé du brouillage 2G, 3G et 4G, qui a obligation de réussite sous peine de subir des pénalités financières. Quant aux conversations que les détenus pourraient avoir depuis la ligne fixe qui sera installée dans chaque cellule, elles pourront à tout moment être écoutées par l'administration.

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Détenus majeurs et parisiens. Les premiers détenus devraient arriver à l'automne. Ce seront tous des hommes majeurs, parisiens uniquement, dont certains suivis pour radicalisation. Une partie viendra d'autres prisons franciliennes surpeuplées qu'il faut désengorger, l'autre directement après condamnation par le tribunal de grande instance de Paris. La prison de la Santé a été conçue pour les courtes peines et les détenus qui, plus lourdement condamnés, attendent une affectation dans d'autres établissements.