Alexia, 21 ans, ancienne anorexique : "J'ai trouvé refuge dans l'écriture"

Alexia critique le fait de voir l'anorexie uniquement sous le prisme alimentaire. Photo d'illustration.
Alexia critique le fait de voir l'anorexie uniquement sous le prisme alimentaire. Photo d'illustration. © JOEL SAGET / AFP
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Thibaud Le Meneec , modifié à
Aujourd'hui libérée de l'anorexie mentale, Alexia, 21 ans, a longtemps bataillé avec cette maladie qu'elle estime d'abord liée à des troubles psychologiques, avant d'être un problème purement physique. Elle a raconté son histoire au micro d'Olivier Delacroix, mardi, sur Europe 1.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

À l'âge de 12 ans, Alexia a commencé à souffrir de graves problèmes alimentaires, dont elle n'arrivait pas à parler au début de sa maladie. La prise en charge hospitalière ne lui a pas permis de guérir, contrairement aux mots qui l'ont aidée à évacuer son mal-être.

"Je suis tombée dans l'anorexie mentale quand j'avais 12 ans, après avoir été abusée sexuellement. Ça a commencé par l'arrêt de manger, tout simplement. J'ai trouvé cela comme un moyen d'illustrer et d'incarner ma souffrance à travers mon corps, ce que je ne pouvais pas dire avec des mots. À cet-âge-là, je suis tombée à 28 kilos.

"À l'hôpital, tu reprends un kilo et puis tu auras le droit de voir ta maman pendant 15 minutes"

J'ai été traitée de manière assez traditionnelle comme, malheureusement, beaucoup de jeunes femmes, à savoir la prise en charge hospitalière qui est basée sur beaucoup de chantage. Lors de l'admission, on passe un contrat de poids, avec un poids cible et fixé. Le système, c'est : "Tu reprends un kilo et puis tu auras le droit de voir ta maman pendant 15 minutes, tu reprends deux kilos et puis tu pourras sortir de l'unité dans laquelle tu étais enfermé(e) pendant une demi-heure", etc.

Le souci, c'est comme un enfant à qui on dit "travaille bien et tu auras des bonbons". Le jour où il n'y a plus de bonbons, il ne travaille plus. Et c'est pareil pour moi : le jour où je suis sortie de l'hôpital parce que j'avais rempli le contrat de poids et que je semblais guérie physiquement, j'ai reperdu tout le poids que j'avais pris parce qu'on n'avait pas traité les causes profondes. 

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Mentalement, je n'avais fait aucun travail sur cette acceptation de reprise de poids. Le problème, dans l'anorexie, c'est qu'on focalise énormément sur l'assiette, alors qu'on ferait mieux de s'attaquer à la racine de la maladie, dans la tête. C'est très important de ne pas dissocier l'esprit du corps. 

Un blog pour libérer la parole

Comment je m'en suis sortie ? À l'hôpital, c'était la rupture totale avec l'extérieur : pas de téléphone, pas d'ordinateur, pas de réseaux sociaux. Moi, j'ai trouvé refuge dans l'écriture car je n'avais droit qu'à des carnets et un stylo. J'ai énormément écrit, pendant trois mois. Quand je suis sortie, Facebook et Instagram n'existaient pas, c'était la mode des blogs. J'ai tapé tout ce que j'avais écrit à l'ordinateur et c'est comme ça que j'ai fondé une première communauté de personnes qui traversent des souffrances similaires aux miennes.

Le fait que j'évoque l'anorexie mentale de manière très libre et sans tabou, ça a permis aussi à tous les membres de la communauté de pouvoir eux-mêmes en parler et accepter leur maladie. Comme je le dis toujours, le premier pas vers la guérison, c'est l'acceptation de la souffrance."