Agression islamiste ou affabulation ? Un responsable des Restos du coeur jugé à Bobigny

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Agression islamiste ou affabulation ? Un responsable des Restos du coeur jugé à Bobigny
L'homme a été retrouvé avec un couteau planté dans le ventre aux Restos du Coeur de Montreuil (image d'illustration)@ PATRICK KOVARIK / AFP
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En juillet dernier, un bénévole des Restos du coeur avait porté plainte pour une agression islamiste. D'après l'enquête de police, il aurait tout inventé.

Le couteau planté dans le ventre au cri d'"Allah Akbar", le couple d'agresseurs armé d'une hache, la lettre de menace... A-t-il tout inventé ? Un gérant bénévole des Restos du coeur de Montreuil comparaît jeudi à Bobigny pour "dénonciation de crime ou délit imaginaire".

Agressé par un couple dans les locaux des Restos du coeur. Le matin du 1er juillet dernier, cet homme de 59 ans appelle lui-même les secours, qui le trouvent avec un couteau fiché dans l'abdomen. Il leur raconte alors avoir été agressé par un couple - un homme de type africain et une femme voilée - qui auraient crié "Allah Akbar, chien d'infidèle" en s'échappant des locaux de l'association, à Montreuil en Seine-Saint-Denis. Le bénévole explique aussi aux enquêteurs avoir déposé plainte quelques mois plus tôt, après avoir reçu une lettre de menace dans laquelle était notamment écrit : "Dieu est grand, sale chien de franc-maçon".

Des enquêteurs prudents dès le départ. Rapidement, des sources policières locales appellent "à la prudence". Absence de témoin, éléments trouvés sur place : rien ne corrobore la version de celui qui se présente comme une victime. La brigade criminelle de la police judiciaire parisienne est chargée de l'enquête ouverte par le parquet de Bobigny pour tentative d'homicide volontaire. Mais quatre jours plus tard, c'est le responsable associatif qui est lui-même placé en garde à vue : les enquêteurs le soupçonnent d'avoir tout inventé.

Des preuves contradictoires. À l'issue de son audition, un magistrat de Bobigny décide de renvoyer devant le tribunal le bénévole, qui nie avoir menti, pour "dénonciation de crime ou délit imaginaire". L'enquête n'a "pas permis de confirmer les éléments de son récit de l'agression", explique alors le parquet. "Personne n'a confirmé ses déclarations", précise une source proche de l'enquête, ajoutant que les caméras de surveillance n'ont pas non plus enregistré d'images de personnes prenant la fuite.

L'ADN de son épouse, qui a été mise hors de cause, "a été retrouvé sur la hache", poursuit cette source, laissant penser que l'outil pourrait appartenir au bénévole. Lors du procès, les résultats des analyses graphologiques de la lettre de menace devraient aussi être dévoilés. Après l'agression, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait fait part dans un communiqué de sa "plus vive indignation" et a adressé un "message de solidarité et d'encouragement à l'ensemble des bénévoles des Restos du coeur".

Des affaires de fausses agressions qui se multiplient. Ces derniers mois, plusieurs affaires du même type ont marqué l'actualité. En mai, un enseignant juif accusé d'avoir inventé une agression antisémite quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015, suscitant ainsi un vif émoi, a été condamné à Marseille à six mois de prison avec sursis.

En février, c'est un instituteur d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, qui avait affirmé avoir été agressé par un djihadiste dans sa classe avant de se rétracter. Également jugé pour dénonciation de crime imaginaire, il avait été relaxé pour vice de procédure : il avait reconnu avoir tout inventé alors qu'il était hospitalisé sous morphine, des aveux considérés comme "non spontanés" par le tribunal de Bobigny qui avait frappé la procédure de nullité.